9 juin 2026
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Une frappe meurtrière sur un marché du Niger fait 17 morts parmi les civils

Une frappe aérienne attribuée à un drone militaire nigérien a causé la mort d’au moins 17 civils, dont quatre enfants, et blessé 13 autres personnes sur un marché animé de l’ouest du Niger. L’attaque, qui a également tué trois combattants de l’État islamique au Sahel (EIS), soulève de vives interrogations sur le respect du droit international humanitaire.

Cet événement s’est produit le 6 janvier 2026 dans le village de Kokoloko, situé dans la région de Tillabéri, à environ 120 km à l’ouest de Niamey. La zone, proche de la frontière avec le Burkina Faso, est sous l’influence croissante de groupes armés islamistes depuis plusieurs années. Les attaques contre militaires et civils se multiplient dans cette région depuis 2019.

Une violation flagrante du droit de la guerre

Selon Human Rights Watch, cette frappe de drone sur un marché bondé de civils constituerait une attaque indiscriminée, interdite par le droit de la guerre. L’organisation a demandé aux autorités nigériennes d’ouvrir une enquête transparente et impartiale, de sanctionner les responsables et d’indemniser les victimes et leurs proches.

« L’attaque militaire au Niger ayant entraîné la mort de trois combattants islamistes a également causé la perte de nombreux civils sur un marché, en violation flagrante du droit de la guerre », a déclaré Ilaria Allegrozzi, experte senior de Human Rights Watch pour le Sahel. « Les autorités nigériennes doivent garantir une enquête rigoureuse et garantir réparation aux familles des victimes. »

Des témoignages accablants sur les circonstances de l’attaque

Human Rights Watch a recueilli les récits de 15 personnes, dont des témoins directs et des membres d’ONG locales et internationales. L’organisation a également analysé trois vidéos et des images satellites confirmant l’impact dévastateur de l’attaque.

Plusieurs habitants ont décrit avoir vu un drone blanc survoler Kokoloko à deux reprises avant qu’une explosion ne retentisse vers 13h30, alors que des centaines de personnes se trouvaient sur le marché. « J’ai vu le drone puis entendu un sifflement avant une explosion assourdissante », a témoigné un marchand de 36 ans, miraculeusement épargné.

Les images montrent des étals calcinés et des dégâts matériels importants. Les données de la NASA confirment la présence d’incendies actifs à Kokoloko à 13h31, heure locale, le jour de l’attaque. Les vidéos publiées en ligne révèlent des dommages compatibles avec l’utilisation d’explosifs puissants.

Un bilan humain lourd et des scènes choquantes

Les corps de 17 civils, principalement des femmes et des enfants, ont été retrouvés carbonisés, rendant leur identification difficile. « J’ai compté 17 corps, principalement des femmes et des enfants. Les corps étaient méconnaissables à cause des brûlures », a expliqué un chef religieux de 67 ans.

Les blessés présentaient des brûlures graves et des blessures causées par des éclats de munitions. Les habitants ont enterré les victimes dans deux fosses communes, séparant les femmes et les enfants des hommes.

Des drones turcs en cause ?

Human Rights Watch n’a pas pu identifier le modèle exact du drone ni la munition utilisée. Cependant, l’armée nigérienne aurait acquis depuis 2022 plusieurs types de drones turcs, comme le Bayraktar TB-2, le Karayel-SU ou l’Aksungur UCAV. Ces appareils, équipés de capteurs et de munitions guidées, permettent des frappes de précision.

Une région en proie à l’insécurité

La région de Tillabéri est devenue l’une des plus dangereuses du Sahel. Selon l’organisation Armed Conflict Location and Event Data (ACLED), elle a enregistré en 2025 le plus grand nombre de victimes civiles causées par des attaques menées par l’EIS, l’armée nigérienne et le GSIM (JNIM), un groupe lié à Al-Qaïda.

Cette frappe s’ajoute à d’autres incidents similaires. En septembre 2025, des raids aériens nigériens sur un marché d’Injar avaient fait plus de 30 morts parmi les civils. En janvier 2024, des frappes de drones avaient également causé des victimes civiles à Tiawa, toujours dans la région de Tillabéri.

Appel à la responsabilité internationale

Human Rights Watch a exhorté les gouvernements étrangers soutenant l’armée nigérienne à faire pression pour que des mesures soient prises afin d’éviter de nouvelles pertes civiles. « Les partenaires du Niger doivent exiger des autorités qu’elles protègent les populations locales et indemnisent les victimes », a insisté Ilaria Allegrozzi.

La junte militaire au pouvoir depuis juillet 2023 n’a pas encore réagi publiquement à cette frappe. Human Rights Watch a sollicité des réponses précises auprès des autorités nigériennes, sans obtenir de réponse à ce jour.