21 juillet 2026
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Le secteur minier gabonais entre dans une nouvelle ère avec la signature d’un protocole d’accord historique entre Eramet et les autorités de Libreville. Ce document, paraphé lors d’une cérémonie tenue à Paris, officialise un objectif audacieux : transformer localement 700 000 tonnes de manganèse d’ici 2031. Une ambition qui marque un tournant décisif pour une filière jusqu’alors centrée sur l’exportation de minerai brut.

Un virage industriel longuement attendu

Depuis le changement de régime en août 2023, les nouvelles autorités gabonaises ont multiplié les appels pour une valorisation accrue des ressources naturelles. Le pays, deuxième producteur mondial de manganèse, exporte majoritairement sa production sans transformation, privant ainsi l’économie locale de la plus-value industrielle. Le protocole signé à Paris répond à cette exigence en actant une volonté commune de développement des capacités de transformation sur place.

Eramet, présent au Gabon depuis plus de six décennies via sa filiale Comilog, opère notamment dans la province du Haut-Ogooué. Le groupe français, dont les activités gabonaises représentent une part significative de ses résultats, s’engage désormais à renforcer ses infrastructures métallurgiques et à créer de nouvelles unités de production. Une transformation qui devra s’accompagner d’investissements massifs pour atteindre l’objectif de 2031.

La souveraineté minière au cœur de la stratégie gabonaise

Le président de la Transition, Brice Clotaire Oligui Nguema, place la reconquête de la valeur ajoutée minière au cœur de sa politique économique. Le manganèse, minerai stratégique pour la sidérurgie et les batteries lithium-ion, occupe une place centrale dans cette démarche. Transformer localement ce minerai permettrait au Gabon de capter davantage de revenus fiscaux, de créer des emplois qualifiés et de diversifier son économie vers des segments à plus forte valeur ajoutée.

Le calendrier fixé à 2031 laisse à Eramet le temps de structurer ses investissements, mais impose aussi une échéance politique claire aux autorités gabonaises. Reste à concrétiser ce protocole par des engagements financiers concrets, des études de faisabilité et des décisions d’investissement. Aucun budget global n’a encore été dévoilé par les parties prenantes.

Cette signature survient dans un contexte diplomatique favorable entre Libreville et Paris. La présence du président gabonais lors de la cérémonie à l’Élysée souligne la portée politique de l’accord, bien au-delà de sa dimension purement industrielle. Une étape qui pourrait renforcer les relations bilatérales, un an après la normalisation progressive des liens post-coup d’État.

Un modèle pour d’autres ressources stratégiques

Au-delà du manganèse, cet accord pourrait servir de référence pour d’autres négociations avec des opérateurs miniers présents au Gabon. Les autorités gabonaises pourraient s’en inspirer pour renégocier les termes d’exploitation d’autres minerais, comme le fer ou les terres rares. La capacité à respecter le calendrier de 2031 sera un indicateur clé de l’efficacité de la politique de souveraineté minière portée par Libreville.

Pour Eramet, cet engagement représente aussi une opportunité de sécuriser ses permis d’exploitation et de stabiliser sa présence au Gabon. Le groupe, confronté à des défis sur d’autres actifs (Argentine, Indonésie), a besoin d’un ancrage africain solide. La transformation locale du manganèse pourrait également améliorer son image auprès des investisseurs européens, de plus en plus attentifs aux critères ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance).

Un défi de taille subsiste cependant : l’énergie. Transformer 700 000 tonnes de minerai nécessite des volumes électriques considérables, dans un pays où les infrastructures énergétiques restent limitées. Une stratégie énergétique cohérente sera indispensable pour que le jalon de 2031 ne reste pas un simple vœu pieux.