
Les autorités militaires maliennes ont traduit le journaliste Abdrahamane Keïta devant le Pôle judiciaire spécialisé contre la cybercriminalité. Son tort : avoir relaté la dégradation sécuritaire à Kidal et les pertes subies par l’armée. Cette action en justice marque une nouvelle étape dans la répression des voix critiques.
Au lieu de répondre aux inquiétudes de la population sur l’instabilité qui gagne le Nord, la junte de Bamako utilise l’appareil judiciaire pour faire taire les observateurs. En instrumentalisant les lois sur la cybercriminalité, elle tente d’imposer le silence et d’empêcher tout débat sur sa gestion sécuritaire.
Une stratégie de musellement : enlèvements, mobilisations forcées, arrestations
Le cas de Keïta s’ajoute à une longue série de personnalités réduites au silence pour avoir contesté le discours officiel :
- Au Mali, le chroniqueur Mohamed Youssouf Bathily (Ras Bath) est toujours détenu pour ses opinions. L’universitaire Étienne Fakaba Sissoko a été condamné à la prison ferme pour un livre dénonçant la propagande d’État. L’activiste Rokia Doumbia a également été incarcérée pour avoir critiqué le coût de la vie et la gestion de la crise. D’autres, comme Clément Dembélé, ont subi des arrestations arbitraires et des disparitions temporaires.
- Chez les voisins sahéliens, la méthode s’est répandue : au Burkina Faso, des journalistes et chroniqueurs tels que Serge Oulon, Alain Traoré et Kalifara Séré ont été enlevés ou envoyés de force au front après leurs réserves sur la guerre. Au Niger, des figures comme Moussa Kaka subissent encore pressions et interpellations.
Quand la vérité dérange le pouvoir
Cette persécution des médias révèle une tactique bien rodée : toute analyse divergente est qualifiée de « tentative de démoralisation des troupes » ou d’« atteinte à la sûreté de l’État ». Alors que la situation sécuritaire empire, le gouvernement de transition s’enferme dans une intolérance systématique à la critique, entravant le travail d’enquête.
Un espace médiatique étouffé
Cette nouvelle affaire s’inscrit dans un climat de terreur destiné à éliminer toute contradiction de l’espace public. Convocation, arrestations ciblées, suspensions de médias : tels sont les outils quotidiens contre ceux qui refusent de servir de porte-voix au régime. En attaquant un journaliste pour avoir rapporté la réalité de Kidal, le pouvoir montre sa fragilité et son intention de plonger le pays dans un silence étouffant.





