25 mai 2026
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enlèvements au Mali : la lutte antiterroriste peut-elle justifier des disparitions forcées ?

Les proches de disparus au Mali s’interrogent : où sont détenus leurs êtres chers ? Dans quelles conditions ? Sous quel statut juridique ? Leurs principales revendications restent inchangées : s’ils sont soupçonnés d’infractions, leurs dossiers doivent être transmis aux autorités judiciaires compétentes. Pourtant, les partisans du gouvernement de transition malien brandissent une argumentation radicalement différente, plaçant la raison d’État et la lutte antiterroriste au-dessus de toute considération légale.

la sécurité nationale prime-t-elle sur les droits fondamentaux ?

Tiambel Guimbayara, directeur de publication du média La voix du Mali et soutien actif du régime actuel, défend cette position sans équivoque : « Une enquête du parquet militaire est en cours, mobilisant des moyens exceptionnels. La sécurité de l’État exige parfois des mesures radicales. Les attaques du 25 avril, ayant coûté la vie au général Sadio Camara – figure centrale du système –, illustrent cette nécessité. Face à la menace terroriste, la raison d’État doit primer sur toute autre considération. »

un équilibre fragile entre protection et libertés

Cette vision entre en contradiction directe avec les fondements constitutionnels malien et les engagements internationaux du pays. Jean-François Akandji-Kombé, professeur à la Sorbonne et spécialiste du droit international, rappelle que deux textes majeurs encadrent cette problématique : le Pacte international relatif aux droits civils et politiques et la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples. Tous deux stipulent qu’un État peut légitimement se protéger, mais sans jamais suspendre les libertés individuelles ni les garanties judiciaires.

« L’État malien a le devoir absolu de protéger sa population contre le terrorisme, affirme le juriste. Cependant, cette mission ne saurait justifier l’abandon des principes fondamentaux : présomption d’innocence, droit à un avocat, accès à un tribunal indépendant. Ces droits constituent le socle de toute société démocratique. Les sacrifier reviendrait à perdre l’âme même de l’État dans sa lutte contre l’extrémisme. »

opposition et disparitions : un lien controversé

Plusieurs observateurs pointent une tendance inquiétante : l’exploitation des événements du 25 avril par les autorités pour neutraliser des figures politiques opposées au régime. Depuis trois semaines, une série d’enlèvements a été signalée, sans qu’aucune communication officielle n’émane des institutions transitoires.

Le collectif d’avocats représentant la famille de l’avocat Mountaga Tall a récemment publié un communiqué pour dénoncer la disparition de Cheikh Mamadou Tall, fils de leur confrère, le 16 mai dernier. « Nous exprimons notre vive consternation, déclarent-ils. Nous exigeons que les autorités compétentes interviennent sans délai pour retrouver ces personnes et éclaircir les circonstances de leur enlèvement. »

Cette affaire s’ajoute à une liste croissante de disparitions inexpliquées, alimentant les suspicions sur les méthodes utilisées par les forces de sécurité dans le cadre de la lutte antiterroriste.