9 juin 2026
84741e60-197b-41fb-9786-bcbe94881874

Intahaka sous le feu fratricide des drones de Bamako

Ce matin du 18 mai, un drame s’est joué dans la poussière des mines d’or d’Intahaka, près de Gao. Un drone des Forces armées maliennes (FAMa) a frappé par erreur un véhicule du GATIA, une milice pourtant fidèle au gouvernement. Ce nouvel incident sanglant révèle l’ampleur du désastre stratégique qui frappe le Mali sous la junte militaire. Alors que le pays sombre sous les coups des rebelles et des groupes terroristes, les outils technologiques censés protéger les populations ne font qu’aggraver leur souffrance.

Un tir fratricide aux conséquences lourdes

L’aube se levait à peine lorsque l’information a éclaté : une frappe aérienne malienne a pulvérisé un pick-up du Groupe autodéfense touareg Imghad et alliés, une milice qui combat depuis des années aux côtés de Bamako. Plusieurs morts et blessés graves sont à déplorer. Ce qui devait être une opération ciblée contre des terroristes s’est transformé en une tragique bavure.

Les autorités ont d’abord tenté de justifier l’attaque en évoquant une « neutralisation de djihadistes », mais la réalité a rapidement balayé cette version. L’incident met en lumière les lacunes criantes de l’armée malienne, incapable d’assurer une coordination minimale sur le terrain. Sous le regard impuissant de ses alliés comme l’Africa Corps russe, Bamako semble naviguer à vue dans ce conflit sans fin.

L’échec cuisant de la stratégie du « tout-drone »

Depuis des mois, le colonel Assimi Goïta et son régime misent tout sur les drones pour reconquérir le territoire. Pourtant, ces machines censées apporter la sécurité ne font qu’alimenter le chaos. Entre erreurs de ciblage, victimes civiles et alliés touchés par erreur, la technologie se retourne contre ceux qu’elle est censée protéger. Le cas d’Intahaka n’est malheureusement pas isolé : des drames similaires se répètent, comme à San, où des civils ont payé le prix fort.

Pendant ce temps, la menace se renforce. Le Cadre stratégique permanent, devenu le Front de Libération de l’Azawad (FLA), et les djihadistes du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) mènent des offensives d’une violence inédite. Leur alliance tactique, couplée à l’utilisation de drones kamikazes et de technologies de brouillage, a déjà mis en déroute les forces gouvernementales dans plusieurs localités. La stratégie asymétrique de Bamako, fondée sur des moyens technologiques mal maîtrisés, s’avère totalement inefficace face à des ennemis mobiles et déterminés.

Intahaka, une mine d’or asphyxiée par la guerre

Le choix d’Intahaka comme théâtre de cette bavure n’est pas un hasard. Cette zone abrite la plus grande mine d’or artisanale de la région de Gao. Véritable poumon économique du Nord-Mali, elle est l’objet d’une lutte acharnée entre l’État, les groupes armés et les réseaux de contrebande.

Les conséquences de cette instabilité sont dramatiques pour les populations locales. Les activités d’orpaillage, qui font vivre des milliers de familles, sont régulièrement interrompues par les combats et les tirs aléatoires. « On ne sait plus où se cacher. Les routes sont bloquées par les terroristes, les prix des denrées ont explosé à Gao, et maintenant, même le ciel nous tombe dessus. » Ces mots d’un habitant de la zone, recueillis sous anonymat, résument l’angoisse des civils pris en étau entre les belligérants.

Pour eux, la présence de l’armée et de ses drones ne rime plus avec sécurité, mais avec terreur. L’économie locale, déjà exsangue, s’effondre sous le poids de cette guerre sans fin.

Une junte en pleine dérive stratégique

L’incident d’Intahaka est le symptôme d’un problème bien plus profond : l’impasse politique et militaire dans laquelle la junte a plongé le Mali. En rejetant les accords de paix et en privilégiant une réponse purement militaire, Bamako a perdu le soutien de ses derniers alliés locaux, comme le GATIA.

Le Nord et le Centre du pays échappent désormais chaque jour un peu plus à son contrôle. Le slogan de la « restauration de la souveraineté nationale », brandi comme une victoire, sonne de plus en plus creux. Si le régime continue de confondre propagande guerrière et efficacité stratégique, ce ne sont pas seulement ses alliés qu’il éliminera par erreur, mais l’avenir même d’un peuple déjà meurtri.