9 juin 2026

Quelques semaines après la finale de la CAN 2025 disputée jusqu’à son terme sur le terrain (1-0), le Jury d’appel de la Confédération africaine de football (CAF) a infligé une défaite sur tapis vert au Sénégal (3-0) au profit du Maroc. Le motif retenu ? Une sortie temporaire de l’équipe sénégalaise du terrain pendant une dizaine de minutes. Une décision qui soulève de nombreuses questions sur l’application des règlements sportifs et la souveraineté des instances judiciaires du football.

Pourquoi cette volte-face après un match officiellement terminé par l’arbitre ? Quels arguments juridiques ont justifié cette sanction ? Et quelles sont les perspectives pour le Sénégal, désormais privé de son titre ? Éclairage sur un cas inédit dans l’histoire de la compétition.


Les fondements juridiques de la disqualification du Sénégal

La décision du Jury d’appel de la CAF s’appuie sur les articles 82 et 84 du règlement de la CAN, plus précisément sur le chapitre 35 consacré aux retraits d’équipes. Selon le communiqué officiel :

« En application de l’article 84 du Règlement de la Coupe d’Afrique des nations 2025, l’équipe nationale du Sénégal est déclarée forfait pour la finale, avec un résultat homologué de 3-0 en faveur du Maroc. »

La nuance entre « abandon » et « retrait » est cruciale. Si certains parlent d’un abandon, la CAF a choisi la qualification de « retrait », une notion juridique qui modifie radicalement le régime applicable. Cette distinction, bien que subtile, a des conséquences majeures sur la sanction encourue et illustre l’importance de la qualification en droit du sport.

Pourquoi la CAF a ignoré la reprise du match par l’arbitre ?

Le choix du Jury d’appel de la CAF de ne pas tenir compte de la décision de l’arbitre, qui avait repris et mené le match jusqu’à son terme, interroge. Pourtant, l’arbitre dispose d’un pouvoir discrétionnaire absolu selon la loi 5 de l’International Football Association Board (IFAB), qui stipule :

« Toute autorité pour faire respecter les Lois du jeu… arrêter, suspendre ou arrêter définitivement le match pour toute infraction aux lois ou en raison d’interférences extérieures. »

Contrairement à une idée reçue, aucun délai n’est imposé pour considérer un match comme abandonné. L’arbitre est le seul maître à bord : ses décisions, y compris sur le résultat final, sont irrévocables et doivent être respectées par tous. La CAF, en tant qu’instance supérieure, a donc exercé son droit souverain en écartant cette interprétation.

Un précédent inédit dans l’histoire de la CAN

Cette situation est sans précédent dans une finale de CAN. Si des matchs ont déjà été interrompus dans le football africain, comme la finale de la Ligue des champions 2019 entre le Wydad de Casablanca et l’Espérance de Tunis, les circonstances diffèrent. Dans ce cas, les Marocains avaient refusé de reprendre le jeu après un litige avec l’arbitre, conduisant à un abandon pur et simple. À l’inverse, le Sénégal avait repris le match, qui s’était poursuivi jusqu’à son terme sous l’égide de l’arbitre.

Un autre exemple marquant est celui de l’Afrique du Sud et du Sénégal lors des éliminatoires de la Coupe du monde 2018, où un match avait été rejoué en raison d’une erreur arbitrale liée à des soupçons de corruption. Ces cas montrent que les instances sportives n’hésitent pas à revenir sur des résultats de terrain en cas de violation grave des règlements.

Quelles sont les chances de recours pour le Sénégal ?

Le Sénégal a déjà formé un recours devant le Tribunal arbitral du sport (TAS), une procédure classique en droit du sport lorsque les instances internes ont rendu une décision définitive. Le dossier est désormais entre les mains du TAS, qui étudiera la légalité de la sanction infligée par la CAF. Une demande de suspension provisoire a également été déposée, permettant au Sénégal de conserver temporairement son titre en attendant la décision finale.

Cette affaire représente un cas d’école pour le droit du sport, mêlant interprétation des règlements, pouvoirs de l’arbitre, estoppel (principe d’équité procédurale) et gouvernance des organisations sportives. Les prochains mois seront déterminants pour établir un précédent et clarifier les règles applicables en cas de litige similaire.