
L’Algérie déploie une stratégie audacieuse pour regagner du terrain au Sahel, face à la montée en puissance diplomatique et économique du Maroc. Après des mois de tensions, Alger multiplie les gestes envers Bamako et Niamey, combinant gestes symboliques, aides militaires et partenariats énergétiques pour contrer l’influence de Rabat.
Rapprochement accéléré avec le Mali : la réconciliation après la crise
Le Mali et l’Algérie ont mis fin à quinze mois de tensions en rétablissant leurs relations diplomatiques et en rouvrant leurs espaces aériens respectifs. Une décision prise le 10 juillet, marquée par le retour des ambassadeurs à Bamako et Alger, ainsi que par une déclaration politique forte : le Premier ministre malien, Abdoulaye Maïga, a évoqué une «convergence totale de vues» avec Alger, notamment sur le respect de la souveraineté des États. Ce rapprochement dépasse la simple normalisation : il permet à l’Algérie de retrouver une place centrale dans les débats régionaux, alors que le Mali incarne le cœur politique de l’Alliance des États du Sahel (AES).
Cette réconciliation survient après une crise marquée par des accusations croisées, notamment sur la violation de l’espace aérien et la rupture de l’accord de paix de 2015. Bamako avait même saisi la Cour internationale de justice, tandis qu’Alger refusait de reconnaître la compétence de cette instance. Le retournement de juillet marque donc un virage stratégique pour Alger, qui cherche à reconstruire son influence dans une région où son rôle de médiateur semblait compromis.
Le Niger, laboratoire d’une nouvelle stratégie algérienne
Avec le Niger, l’Algérie va plus loin en combinant sécurité et économie. Le 9 août, Alger a livré quatre hélicoptères militaires au Niger : deux Mi-24V de combat et deux Mi-171 de transport, accompagnés de munitions et de matériel de maintenance. Une délégation algérienne, menée par le Premier ministre, s’est ensuite rendue à Niamey pour lancer les travaux de forage du puits Kafra Sud-Est 1. Dans le même temps, Sonatrach et la Société nigérienne des produits pétroliers (Sonidep) ont annoncé la première commercialisation conjointe du pétrole nigérien.
Ces engagements illustrent une approche multidimensionnelle : militaire, énergétique et économique. Pour Alger, le Niger représente un partenaire clé pour retrouver une profondeur stratégique au sud de ses frontières, alors que Rabat étend son emprise via des réseaux d’investissements et une diplomatie religieuse. Le rapprochement avec Niamey s’inscrit dans une logique de partenariats « irréversibles », selon les termes des deux gouvernements, et vise à créer des interdépendances durables.
Alger face à Rabat : une bataille d’influence au Sahel
Le retour algérien survient dans un contexte régional en pleine mutation, où l’AES (Mali, Burkina Faso, Niger) a rompu avec plusieurs partenaires occidentaux et renforcé ses liens avec Moscou. Cette nouvelle configuration offre à Alger une opportunité de reconquête, mais aussi un défi de taille face au Maroc, qui a su tisser des réseaux d’influence variés : banques, infrastructures, formation religieuse, et soutien au plan d’autonomie pour le Sahara occidental.
Le Maroc a déjà marqué des points décisifs : le Mali a retiré sa reconnaissance de la RASD en avril et soutenu le plan marocain, tandis que les trois pays de l’AES développent leurs relations avec Rabat. Pour Alger, l’enjeu n’est plus seulement de retrouver son influence historique, mais d’éviter que son rival ne transforme ses propres revers en gains politiques. La diplomatie algérienne semble désormais guidée par une logique de réaction, où la présence marocaine dicte ses mouvements.
Une reconquête fragile, entre contraintes et opportunités
La stratégie algérienne repose sur trois piliers : la sécurité, les hydrocarbures et les infrastructures. Le gazoduc transsaharien, les projets pétroliers communs et les livraisons d’équipements militaires forment le socle de ce retour. Pourtant, cette reconquête reste fragile. Alger doit désormais prouver qu’elle peut offrir une alternative crédible à son voisin, au-delà de la simple frustration de voir Rabat profiter de ses propres erreurs.
Le Burkina Faso, troisième membre de l’AES, complète ce dispositif, bien que les relations avec Ouagadougou soient moins visibles. La méthode algérienne, axée sur la récupération de positions perdues, doit encore démontrer sa capacité à apporter des bénéfices concrets aux pays du Sahel. Sans cela, son influence risque de rester prisonnière d’une dynamique réactive, où le Maroc reste l’aiguillon principal de ses actions.





