7 septembre 2026
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Le processus de réforme constitutionnelle au Sénégal franchit une étape décisive avec l’organisation de consultations élargies impliquant les acteurs clés du paysage politique et civique. Une délégation issue de la Coalition de la société civile pour l’application des conclusions des Assises nationales a rencontré le groupe parlementaire Takku Wallu, principale force d’opposition à l’Assemblée nationale. Cette rencontre s’inscrit dans le cadre des préparatifs d’un débat public d’envergure, alors que l’exécutif mené par Bassirou Diomaye Faye place la refonte institutionnelle au cœur de son agenda politique.

Vers un dialogue constructif sur les fondements de la Constitution

L’objectif affiché par la société civile consiste à obtenir des engagements précis des différentes forces politiques concernant le contenu et le calendrier de la révision constitutionnelle. Les Assises nationales, organisées dès 2008 sous l’impulsion d’un large rassemblement politique et citoyen, avaient abouti à un ensemble de recommandations majeures : limitation des mandats présidentiels, renforcement de la séparation des pouvoirs et modernisation de l’administration publique. Les travaux ultérieurs de la Commission nationale de réforme des institutions (CNRI), dirigée par le constitutionnaliste Amadou Mahtar Mbow en 2013, avaient prolongé cette réflexion sans que l’intégralité de ses propositions ne soit appliquée.

En sollicitant activement Takku Wallu, la coalition citoyenne souligne une réalité politique incontournable : la refondation institutionnelle ne saurait être l’apanage d’une majorité, quelle que soit son importance. Le groupe parlementaire, qui rassemble des députés proches de l’ancien président Macky Sall ainsi que d’autres sensibilités libérales, représente un contre-pouvoir essentiel susceptible d’influencer les futurs projets de loi organique.

Takku Wallu : un acteur en quête de nouveaux équilibres

Pour Takku Wallu, ces échanges offrent une opportunité stratégique de se repositionner sur l’échiquier politique. À la suite de la victoire écrasante du parti Pastef lors des législatives anticipées de novembre 2024, l’opposition parlementaire cherche à s’appuyer sur des alliances avec la société civile pour peser sur les orientations législatives. Le format retenu, basé sur des échanges exploratoires avant toute prise de position formelle, permet à chaque partie de tester les positions de l’autre sans s’engager prématurément.

Plusieurs thématiques sont appelées à structurer les discussions. Parmi elles figurent l’éventuelle suppression ou réforme du Conseil économique, social et environnemental, la révision des prérogatives du Conseil constitutionnel, la régulation des pouvoirs présidentiels, le rôle du Premier ministre et la reconnaissance du statut de l’opposition. Un autre point central concerne le régime électoral, certains acteurs plaidant pour l’instauration d’un scrutin proportionnel partiel afin de mieux refléter la diversité politique du pays.

Un calendrier contraint pour une réforme majeure

L’exécutif a indiqué qu’un projet de révision pourrait être soumis au Parlement dans les prochains mois. Cependant, les contraintes constitutionnelles imposent des étapes incontournables. Toute modification substantielle de la Loi fondamentale nécessite soit un vote à la majorité qualifiée des trois cinquièmes des députés, soit l’organisation d’un référendum. Bien que le parti au pouvoir, Pastef, dispose d’une majorité absolue à l’Assemblée, le gouvernement a évoqué à plusieurs reprises la possibilité d’un référendum pour renforcer la légitimité de la réforme.

Cette hypothèse référendaire accentue l’importance des consultations en cours. Une société civile mobilisée et une opposition impliquée en amont permettent de limiter les risques de polarisation lors de la campagne. À l’inverse, un processus perçu comme imposé risquerait de raviver les tensions similaires à celles observées lors de la révision constitutionnelle de 2016 sous Macky Sall, marquée par un fort taux d’abstention.

Dans les semaines à venir, la coalition citoyenne prévoit d’étendre ses échanges à l’ensemble des groupes parlementaires, y compris Pastef, ainsi qu’aux formations politiques non représentées à l’Assemblée. L’enjeu est de bâtir un socle de consensus minimal avant l’ouverture officielle des travaux législatifs. Pour Dakar, la crédibilité de la promesse de rupture institutionnelle, portée depuis mars 2024, dépendra largement de la qualité de ce processus préparatoire.