28 avril 2026
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Niamey – Les autorités du Niger doivent immédiatement libérer Moussa Tiangari, militant et défenseur des droits humains, dont l’incarcération arbitraire depuis six mois s’apparente à une manœuvre politique. C’est ce qu’ont exigé aujourd’hui plusieurs organisations internationales de défense des droits humains, dont Amnesty International, Human Rights Watch, la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) et l’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits humains.

Moussa Tiangari, secrétaire général de l’organisation Alternatives Espaces Citoyens, a été interpellé à son domicile de Niamey le 3 décembre 2024 par des individus se présentant comme des policiers. Depuis cette date, il est détenu à la prison de Filingué, à 170 km de la capitale, sans qu’aucun juge n’ait examiné la légitimité des charges retenues contre lui. Son procès, marqué par des accusations de terrorisme, de complot contre l’État et de menace à la défense nationale, pourrait lui valoir la peine de mort s’il est reconnu coupable du dernier chef d’accusation.

Une détention arbitraire aux motivations politiques

Les accusations portées contre Moussa Tiangari relèvent, selon les experts, d’une instrumentalisation du droit pour museler les voix critiques. Trois semaines avant son arrestation, il avait publiquement dénoncé sur les réseaux sociaux deux décisions controversées du gouvernement nigérien : le retrait de licences à des ONG humanitaires et la création d’un fichier de personnes associées au terrorisme, une mesure jugée liberticide. Ces prises de position lui valent aujourd’hui d’être exposé à une possible déchéance de sa nationalité nigérienne, sur la base d’une ordonnance de 2024.

Un cas emblématique de répression des droits humains

Les organisations signataires rappellent que le code pénal nigérien limite la détention préventive à quatre ans pour les infractions terroristes, un délai déjà largement dépassé dans le cas de Moussa Tiangari. Elles soulignent que les chefs d’accusation retenus ne correspondent à aucune infraction reconnue internationalement, mais visent en réalité l’exercice légitime de la liberté d’expression. « Cette détention illustre la tendance des autorités à criminaliser toute critique pour assoir leur pouvoir », a déclaré Marceau Sivieude, directeur régional d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et centrale.

Le militant, dont l’engagement pour la démocratie et la souveraineté des ressources du Niger est reconnu depuis des décennies, incarne selon ses défenseurs la résistance pacifique face à l’autoritarisme. « Un gouvernement qui respecte le peuple libérerait immédiatement Moussa Tiangari », a affirmé Isidore Ngueuleu, responsable régional de l’OMCT.

Un contexte de répression généralisée

Cette affaire s’inscrit dans une dynamique plus large de répression des opposants, des médias et des militants depuis le coup d’État de juillet 2023. En juillet 2024, plusieurs organisations avaient déjà alerté sur la dégradation des libertés fondamentales au Niger. En mars 2025, un rapport d’Amnesty International documentait les pressions exercées sur d’anciens membres du gouvernement et les voix dissidentes.

Malgré les recours déposés par ses avocats pour contester la légalité de sa détention et le caractère partial du tribunal spécialisé, Moussa Tiangari reste privé de justice. Les organisations internationales appellent à une mobilisation urgente pour sa libération et l’abandon de toutes les charges infondées à son encontre.