25 septembre 2026
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Le capitaine Ibrahim Traoré martèle régulièrement que le Burkina Faso doit s’affranchir de toute dépendance extérieure et que le développement national ne saurait reposer sur l’emprunt. Cette rhétorique, présentée comme une rupture avec les pratiques antérieures, séduit par sa clarté : moins de dépendance, plus de souveraineté, et un financement du développement adossé aux ressources propres. Pourtant, en scrutant les données comptables du Trésor burkinabè, une tout autre dynamique se dessine. Derrière l’affichage politique, les chiffres racontent une histoire de croissance continue de l’endettement public.

La trajectoire ascendante de la dette publique burkinabè

Les documents officiels du ministère de l’Économie et des Finances confirment une progression spectaculaire. À fin décembre 2020, l’encours de la dette de l’administration centrale s’établissait à 4 765,45 milliards de FCFA. Un an plus tard, à fin 2021, il franchissait déjà la barre des 6 107 milliards de FCFA. La tendance ne s’est pas inversée depuis.

Le dernier bulletin statistique disponible du Trésor burkinabè indique qu’à fin décembre 2025, l’encours de la dette de l’administration centrale culminait à 8 692,67 milliards de FCFA. Quelques mois plus tard, à fin mars 2026, il s’élevait à 8 731,5 milliards de FCFA.

En l’espace de cinq ans, le Burkina Faso est donc passé d’un niveau d’endettement inférieur à 5 000 milliards de FCFA à plus de 8 700 milliards. Une augmentation de près de 4 000 milliards qui interroge nécessairement la cohérence entre le discours de souveraineté financière et la réalité des comptes publics.

Le paradoxe d’un discours anti-dette

La question mérite d’être posée sans détour : comment un gouvernement qui proclame ne pas avoir besoin d’emprunter pour construire son développement a-t-il vu sa dette publique presque doubler en quelques années ?

L’endettement public n’est pas en soi un signe de mauvaise gestion. Un État peut légitimement emprunter pour financer des infrastructures, soutenir l’investissement, faire face à une crise sécuritaire ou maintenir ses dépenses lorsque les recettes fiscales sont insuffisantes. Le véritable enjeu réside ailleurs : à quoi servent les nouveaux emprunts, à quel coût sont-ils contractés et quelle capacité de remboursement futur génèrent-ils ?

La structure de la dette : une prédominance intérieure préoccupante

L’analyse de la composition de la dette burkinabè révèle un élément central. À fin 2025, près de 60 % de la dette de l’administration centrale était constituée de dette intérieure, notamment sous forme de Bons et d’Obligations du Trésor. Cette dette intérieure atteignait environ 5 196 milliards de FCFA.

Or, le financement intérieur n’est pas gratuit. Il impose de rembourser le principal, mais aussi de payer les intérêts. Au premier trimestre 2026, le service de la dette s’élevait déjà à 407,1 milliards de FCFA, en hausse de 31,5 % sur un an. Une charge qui pèse sur les finances publiques et limite les marges de manœuvre budgétaires.

La souveraineté financière a un coût

Ibrahim Traoré peut légitimement défendre une politique de souveraineté économique. Mais la souveraineté ne se mesure pas uniquement au refus de certains partenaires ou aux déclarations d’indépendance financière. Elle se mesure aussi à la capacité d’un État à augmenter durablement ses recettes, à maîtriser ses dépenses, à financer ses investissements et à contenir le poids du service de la dette.

Le Burkina Faso dispose de ressources minières importantes, en particulier l’or. Toutefois, l’existence de ces richesses ne signifie pas automatiquement que l’État dispose de liquidités suffisantes pour financer toutes ses ambitions sans recourir à l’emprunt. La question centrale devient donc : chaque franc emprunté produit-il suffisamment de valeur pour justifier son coût ?

Les vulnérabilités pointées par le FMI

Le Fonds monétaire international, dans son analyse publiée en 2026, classe le Burkina Faso à un risque modéré de surendettement, tout en considérant que la dette demeure soutenable à moyen terme. L’institution souligne néanmoins plusieurs vulnérabilités : le risque lié au refinancement de la dette intérieure, la dépendance aux recettes d’exportation d’or et la situation sécuritaire.

Il serait donc excessif de présenter mécaniquement cette hausse de la dette comme une preuve d’insolvabilité. Les données disponibles ne permettent pas de tirer une telle conclusion. Mais il serait tout aussi difficile de soutenir que le pays s’est développé ces dernières années sans recours significatif à l’endettement.

Une contradiction à expliquer

Entre la fin de 2020 et le premier trimestre 2026, l’encours de la dette de l’administration centrale a augmenté de près de 4 000 milliards de FCFA. La question qui demeure est simple, mais politiquement et économiquement majeure : si le Burkina Faso n’a pas besoin d’emprunter pour se construire, comment expliquer que sa dette publique ait augmenté de plusieurs milliers de milliards de FCFA pendant cette période ?

Le gouvernement de Ibrahim Traoré devra apporter des réponses précises : combien a été emprunté, auprès de qui, à quel taux, pour financer quels projets et avec quels résultats mesurables pour la population ? Car en matière de finances publiques, les slogans peuvent séduire. Les chiffres, eux, restent à expliquer.