Le vendredi 22 mai, une décision historique a secoué le paysage politique du Sénégal : le président Bassirou Diomaye Faye a destitué son allié de longue date, Ousmane Sonko, de son poste de Premier ministre. Accompagnant cette mesure, l’intégralité du gouvernement a été dissoute. Dès le dimanche suivant, l’ancien chef du gouvernement a retrouvé son siège de député, marquant ainsi un retour en force sur la scène législative.
Simultanément, une autre figure majeure a quitté son poste : Malick Ndiaye, président de l’Assemblée nationale, a annoncé sa démission. Ces événements ouvrent la voie à une élection cruciale prévue demain mardi, celle du nouveau président de l’Assemblée nationale. Certains observateurs n’excluent pas que ce poste revienne à Ousmane Sonko, transformant ainsi la dynamique politique en un affrontement direct entre l’exécutif et le législatif.
une alliance politique en péril
Cette séparation brutale entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko s’inscrit dans une logique de tensions persistantes. Dès juillet 2024, des fissures sont apparues au sein du tandem au pouvoir, lorsque Sonko avait évoqué un « problème d’autorité ». Il reprochait alors au chef de l’État de ne pas assez le soutenir face aux critiques politiques. La rupture définitive s’est produite après une séance houleuse à l’Assemblée nationale, où l’ex-Premier ministre a remis en cause plusieurs décisions présidentielles, notamment la gestion des fonds politiques. Il n’a pas hésité à déclarer que le président avait « fait une erreur ».
l’exécutif face au législatif : un conflit inévitable ?
Cette situation pourrait bien déboucher sur un conflit institutionnel majeur. Ousmane Sonko, grâce à sa popularité et son influence au sein du Pastef, représente une menace significative pour Bassirou Diomaye Faye. L’analyste politique Moussa Diaw, professeur à l’université Gaston-Berger de Saint-Louis, estime que le prochain affrontement se jouera à l’Assemblée nationale : « Le combat politique risque de se déplacer dans l’hémicycle, dans un bras de fer entre le chef de l’État et les députés. »
Le risque d’un blocage institutionnel est réel, surtout à un moment où l’exécutif prépare une série de réformes majeures : révision de la Constitution, modification de la Cour constitutionnelle, encadrement des partis politiques et création d’une Commission électorale nationale indépendante. Ces textes, s’ils sont adoptés, pourraient réduire considérablement la marge de manœuvre du président.
sonko, un adversaire redoutable pour le président
L’analyste Adrien Poussou, ancien ministre centrafricain de la Communication, souligne que Sonko reste un adversaire redoutable pour Faye. Malgré sa destitution, il conserve une légitimité populaire incontestable, forgée durant des années de lutte contre l’ancien régime de Macky Sall. « Même absent des bulletins de vote lors de la présidentielle de 2024, c’est autour de lui que s’est cristallisée l’espérance du changement », explique-t-il. Sonko pourrait ainsi devenir le principal opposant au président, avec un impact décisif sur les prochaines élections locales de 2027 et la présidentielle de 2029.
Une chose est certaine : cette crise politique marque un tournant pour le Sénégal, où l’équilibre des pouvoirs est désormais au cœur des débats.