9 juin 2026
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L’alternance de 2024 sous tension

Le Sénégal vit une période politique inédite depuis l’arrivée à la tête du pays du tandem Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko en mars 2024. Ces deux figures, autrefois inséparables dans leur combat contre le pouvoir en place, voient désormais leurs relations se dégrader progressivement. Leur alliance, qui a permis de briser l’hégémonie politique antérieure, montre aujourd’hui des signes de fragilité.

L’histoire récente du pays explique en partie cette situation. En 2024, Ousmane Sonko, empêché de se présenter à l’élection présidentielle en raison de poursuites judiciaires, avait désigné Bassirou Diomaye Faye, alors incarcéré avec lui, comme candidat du Pastef. Leur victoire avait été interprétée comme une rupture historique avec le régime précédent, ouvrant la voie à une nouvelle ère politique pour le Sénégal.

Une légitimité électorale en question

Le président Bassirou Diomaye Faye puise sa légitimité dans le suffrage universel et l’exercice des institutions démocratiques. Pourtant, Ousmane Sonko, bien que n’occupant pas de fonction officielle, reste pour une partie de la population et des militants du Pastef le véritable architecte de la victoire de 2024. Cette dualité de légitimité crée une tension palpable au sein du mouvement.

Les dernières déclarations de Sonko, marquées par des critiques acerbes envers les accords politiques ayant accompagné l’accession au pouvoir du Pastef, illustrent cette volonté de reprendre le contrôle de la dynamique partisane. Ses prises de position, de plus en plus radicales, laissent présager une remise en cause de l’équilibre actuel.

Un gouvernement sans le Pastef

À quelques heures de la nomination du gouvernement dirigé par le nouveau Premier ministre Al Aminou Lo, Sonko a fermement annoncé qu’aucun membre du Pastef ne participerait à cette nouvelle équipe. Cette décision, lourdement symbolique, marque une rupture avec la gouvernance issue de la victoire électorale. Elle révèle également une séparation croissante entre l’appareil d’État et la structure partisane, signe d’une possible recomposition du pouvoir.

Les risques d’une fragmentation politique

Cette rivalité entre deux sources de légitimité n’est pas un phénomène nouveau dans l’histoire politique africaine. Lorsqu’un mouvement arrive au pouvoir, les tensions entre le leader élu et le leader partisan peuvent paralyser les institutions et fragmenter la base militante. Au Sénégal, où le Pastef a incarné l’espoir d’un changement profond, cette division menace désormais la cohésion du projet politique.

Pourtant, malgré les tensions, les deux hommes conservent une base électorale commune et des objectifs politiques largement partagés par leurs partisans. Cependant, la radicalisation des discours et l’affirmation de positions divergentes laissent craindre une évolution vers une cohabitation conflictuelle ou même une rupture politique.

Un enjeu bien au-delà des personnalités

Au-delà des ambitions personnelles, c’est la stabilité institutionnelle du Sénégal qui est en jeu. Le pays, souvent présenté comme un modèle démocratique en Afrique de l’Ouest, doit désormais concilier réformes économiques et sociales promises aux citoyens avec les défis internes liés à cette crise politique. L’évolution des relations entre Faye et Sonko pourrait avoir des répercussions durables sur l’avenir du Pastef et sur l’équilibre politique national.

Les prochains mois seront décisifs. Ils détermineront si cette crise débouchera sur une réconciliation stratégique, une cohabitation tendue ou une fracture politique assumée entre les deux principaux artisans de l’alternance de 2024.