9 juin 2026
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Une vingtaine de députés malien s’est mobilisée pour contester la réintégration d’Ousmane Sonko comme député, préalable indispensable à son élection à la tête de l’Assemblée nationale. Dans un communiqué diffusé le 1er juin 2026, cette frange de l’opposition a officiellement saisi le Conseil constitutionnel pour faire annuler cette décision, invoquant une violation flagrante de la Constitution.

Un recours fondé sur l’article 54 de la Constitution

Les signataires du recours dénoncent la réintégration d’Ousmane Sonko en tant que député, actée par le Bureau de l’Assemblée nationale le 24 mai 2026. Selon leur argumentaire, cet acte serait contraire à l’article 54 de la Constitution malienne, qui encadre les incompatibilités entre fonctions gouvernementales et mandats parlementaires.

Ousmane Sonko, initialement nommé Premier ministre puis élu député en 2024, aurait, selon eux, perdu son mandat parlementaire dès lors qu’il conservait ses fonctions gouvernementales. Sa réintégration ultérieure, suivie de son élection à la présidence de l’Assemblée nationale le 26 mai 2026, constituerait ainsi une violation manifeste des principes constitutionnels et de la séparation des pouvoirs.

Un blocage administratif pointé du doigt

Les députés requérants soulignent également des obstacles procéduraux dans l’accès aux documents officiels. Pour obtenir l’acte de réintégration d’Ousmane Sonko et le procès-verbal de la séance plénière du 26 mai 2026, ils affirment avoir dû recourir à des sommations d’huissier. Le Secrétaire général et le Premier Vice-Président de l’Assemblée nationale auraient chacun refusé de leur communiquer ces pièces, pourtant considérées comme publiques.

Ce refus, qualifié de forfaiture par les opposants, est présenté comme une entrave aux droits démocratiques et à la transparence institutionnelle. Les signataires appellent le Conseil constitutionnel à trancher en urgence, réaffirmant leur engagement à agir uniquement par les voies légales.

Contexte politique explosif

Le recours s’inscrit dans une conjoncture politique particulièrement tendue. Ousmane Sonko, limogé de son poste de Premier ministre le 22 mai 2026 par le président Bassirou Diomaye Faye, a effectué un retour en force en étant élu président de l’Assemblée nationale avec 132 voix sur 133 suffrages exprimés. Cette élection, boycottée par l’opposition, avait été dénoncée comme un coup d’État constitutionnel.

Un débat juridique toujours vif

Les experts s’interrogent sur la recevabilité même du recours. Certains juristes estiment que l’article 54 ne prévoit ni suspension automatique du mandat, ni droit à réintégration, mais impose simplement une incompatibilité aux conséquences institutionnelles directes. D’autres, plus indulgents envers Sonko, s’appuient sur l’article 123 du règlement intérieur, qui encadre le remplacement d’un député nommé au gouvernement.

Une incertitude majeure subsiste : les députés peuvent-ils saisir directement le Conseil constitutionnel sur cette question ? Plusieurs voix de l’opposition, dont celle d’Aïssata Tall Sall, rappellent que seul le président de la République dispose de cette prérogative. La présidence a d’ailleurs démenti toute saisine des « sept sages » par le chef de l’État. La recevabilité du recours constituera donc le premier écueil que le Conseil devra lever.