9 juin 2026
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Les récents enlèvements d’élèves, les assauts contre des localités entières et les attaques visant les lieux de culte ont replacé le Nigéria sous les projecteurs de la diplomatie mondiale. La situation a pris une tournure géopolitique majeure lorsque les États-Unis ont mené, le jour de Noël, des frappes contre des bastions jihadistes dans le nord. Cette intervention a été justifiée par Washington comme une mesure de protection pour les minorités chrétiennes locales.

Toutefois, si certains officiels américains n’hésitent plus à parler de « génocide chrétien », les Nations Unies nuancent ce récit. Pour l’organisation internationale, ces événements tragiques ne sont que la partie émergée d’une insécurité globale qui alimente l’une des crises humanitaires les plus préoccupantes et pourtant délaissées du continent africain.

D’après Mohamed Malik Fall, coordinateur de l’ONU dans le pays, la sécurité demeure le défi prédominant. Il souligne que la menace n’est plus localisée dans une seule zone, mais s’est désormais propagée sur l’ensemble du territoire national.

Une déstabilisation qui s’enracine et s’étend

Le foyer initial du conflit se situe dans le nord-est, où l’insurrection de Boko Haram, puis de l’État islamique en Afrique de l’Ouest, sévit depuis 2009. Ce conflit de longue durée a provoqué des fractures sociales profondes.

« Plus de deux millions de citoyens sont toujours déplacés. Toute une génération a grandi dans l’enceinte des camps, sans connaître d’autre réalité », déplore M. Fall.

Le bilan est lourd : plus de 40 000 décès recensés, des milliers d’infrastructures scolaires et sanitaires en ruines, et des terres agricoles devenues inaccessibles. Au-delà des chiffres, c’est toute une partie de la population qui se retrouve exclue de la vie économique, perdant ainsi ses moyens de subsistance et sa dignité.

Des enfants marchent dans la boue dans un camp pour personnes déplacées à Maiduguri, dans le nord-est du Nigéria.

Multiplication des foyers de tension : banditisme et foncier

À l’insurrection jihadiste s’est greffée une criminalité diffuse. Dans le nord-ouest, les États de Zamfara, Katsina et Sokoto subissent les assauts de groupes armés pratiquant le pillage et les demandes de rançon. Ce phénomène de banditisme a déjà contraint un million de personnes à l’exode dans cette seule région.

Parallèlement, la zone centrale du Nigéria est le théâtre de heurts violents entre éleveurs et cultivateurs pour le contrôle des terres, des tensions exacerbées par le dérèglement climatique. En ajoutant les mouvements séparatistes et les troubles liés au pétrole dans le sud, le pays compte environ 3,5 millions de déplacés internes, soit près de 10 % du total à l’échelle de l’Afrique.

La réalité d’une violence aveugle au-delà des cultes

Les attaques contre des églises à Kaduna ou l’école catholique de Papiri ont ravivé le spectre du drame de Chibok en 2014. Si ces violences ciblées inquiètent la communauté internationale, l’ONU refuse de valider la thèse d’un génocide religieux systématique.

« La majorité des victimes de l’insurrection sont de confession musulmane », rappelle Mohamed Malik Fall. Il cite notamment l’attentat de Maiduguri survenu la veille de Noël, qui a frappé des fidèles à la sortie d’une mosquée. Selon lui, l’insécurité frappe indistinctement toutes les communautés, et focaliser le débat sur la religion pourrait nuire à la cohésion sociale du pays.

Des mères déplacées avec leurs enfants participent à un exercice d'évaluation de la famine organisé par le Programme alimentaire mondial (PAM) dans l'État de Borno, au nord-est du Nigéria.

Une urgence humanitaire face à un manque de moyens

Dans le nord-est, 7,2 millions de personnes dépendent de l’aide internationale. L’insécurité alimentaire menace désormais 36 millions de Nigérians, et plus de 3,5 millions d’enfants risquent la malnutrition aiguë, avec des conséquences irréversibles sur leur développement.

Pourtant, le financement de l’aide s’essouffle radicalement. Alors que le plan de réponse nécessitait autrefois un milliard de dollars, les contributions sont tombées à 262 millions l’an dernier, et pourraient ne pas atteindre les 200 millions cette année.

Le rôle crucial de l’État nigérian

Malgré ces chiffres alarmants, le Nigéria reste une puissance économique majeure. L’ONU insiste sur le fait que le gouvernement fédéral doit assumer la direction de la réponse humanitaire.

L’objectif est de passer d’une logique d’assistance à une logique d’autonomisation. Comme le conclut M. Fall, les populations aspirent avant tout à retrouver des opportunités économiques pour ne plus dépendre de l’aide extérieure.