crise au Burkina, Mali et Niger : les juntes face à leur échec
Répression généralisée, disparitions forcées, restrictions des libertés… Les régimes militaires du Burkina Faso, du Mali et du Niger durcissent leur politique pour masquer leurs échecs. Une période sombre pour les défenseurs des droits humains et les médias indépendants.
des juntes en difficulté face à l’aggravation des crises
Selon Alioune Tine, président de l’Afrikajom Center, la situation est alarmante. Ibrahim Traoré et ses homologues du Mali et du Niger traversent une impasse majeure. Leur principal argument pour justifier leur prise de pouvoir était la dégradation de la sécurité. Pourtant, celle-ci s’est encore détériorée depuis leur arrivée au pouvoir.
« Quand on s’empare du pouvoir par la force, on vit dans la peur permanente de le perdre par la même voie », souligne-t-il. À l’origine, le capitaine Traoré avait promis des élections rapides pour rendre le pouvoir aux civils. Aujourd’hui, il ne respecte aucune de ces promesses et renforce son pouvoir par l’usage de la répression.
des promesses non tenues et une répression croissante
Au début de son mandat, Ibrahim Traoré avait annoncé : « Le délai de la CEDEAO est trop long ; nous organiserons rapidement des élections. » Ces déclarations sont restées sans suite. Pire encore, la situation des droits humains se dégrade, notamment avec des violences ciblant certaines communautés, comme les Peuls.
« Nous assistons à une situation critique, presque à un massacre organisé. Les défenseurs des droits humains sont emprisonnés ou enrôlés de force dans les milices locales. L’avocat Guy Hervé Ham, détenu depuis janvier, en est un exemple tragique », dénonce Alioune Tine.
une insécurité qui s’aggrave malgré les discours officiels
Contrairement aux affirmations des juntes, la situation sécuritaire ne s’améliore pas. Au Burkina Faso, les attaques se multiplient, comme celle de Mansila le 11 juin, qui aurait fait une centaine de morts selon plusieurs sources. Les réseaux de communication sont coupés, rendant toute information locale inaccessible.
Le 12 juin, un obus a atterri dans la cour de la chaîne publique RTB à Ouagadougou, faisant des blessés. Cette incident a provoqué la confusion dans la capitale, certains évoquant même une mutinerie au sein de l’armée. Ibrahim Traoré a tenté de calmer les esprits en niant toute tentative de coup d’État, qualifiant ces rumeurs de « fake news ».
une opposition muselée et une région sous tension
Les organisations comme Amnesty International et la Coalition sénégalaise des défenseurs des droits humains préparent une manifestation pour dénoncer la répression des libertés fondamentales. Elles exigent notamment la libération de Guy Hervé Ham et d’autres détenus politiques.
La situation au Burkina Faso reflète celle des pays sous domination militaire. Les juntes, initialement perçues comme des sauveurs, n’ont pas su améliorer la situation de leurs populations. Au Mali, malgré des progrès dans le nord, la crise persiste sur les plans sécuritaire et socio-économique.
Alioune Tine souligne : « Ces régimes sont dans une impasse totale. Ils ne parviennent ni à légitimer leur pouvoir ni à répondre aux besoins des populations. Au Mali, des opposants en exil ont même formé un gouvernement parallèle, illustrant l’absence totale de légitimité des autorités actuelles. »
une stratégie de terreur pour se maintenir au pouvoir
Face à la montée des contestations, les juntes multiplient les abus : détentions arbitraires, enlèvements de militants, fermeture de médias. Pour Alioune Tine, il s’agit d’une dérive dictatoriale : « On enlève des personnalités de la société civile et on les envoie au front. Même des personnes âgées de 70 ans ne sont pas épargnées. »
Pour consolider leur pouvoir, ces régimes se tournent vers des alliés peu regardants sur le respect des droits humains, comme la Russie. Cela a divisé la CEDEAO entre partisans de l’Occident et ceux de Moscou, affaiblissant la coopération régionale.
« La CEDEAO est aujourd’hui scindée en deux blocs opposés. Cette division nuit gravement à l’intégration africaine et à la prise en charge des préoccupations des peuples, notamment des jeunes. La question du franc CFA et des bases militaires reste un sujet sensible », analyse Alioune Tine.