4 août 2026
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Crise alimentaire au Sahel : le Nord du Mali en première ligne en 2025

Une femme dans un camp de déplacés internes à Gao, au Nord du Mali.

Plus d’un habitant du Sahel sur cinq souffre de la faim en 2025, un chiffre qui ne cesse de s’aggraver depuis quinze ans. Dans cette région déjà fragilisée, le Mali, et plus particulièrement sa partie septentrionale, incarne l’un des foyers les plus critiques de cette crise humanitaire.

Des chiffres alarmants et une aggravation continue

D’après les dernières données disponibles, 20 % de la population du Sahel, soit près d’une personne sur cinq, était confrontée à l’insécurité alimentaire en 2025. Cette situation, déjà préoccupante, s’inscrit dans une tendance à la hausse depuis 2010. Plusieurs facteurs expliquent cette détérioration.

Les conflits armés, notamment dans le Nord du Mali, ont profondément bouleversé les structures sociales et économiques. Les déplacements massifs de populations, internes comme transfrontalières, ont fragilisé les communautés et réduit leur accès aux terres cultivables. Parallèlement, les effets du changement climatique exacerbent les difficultés : sécheresses prolongées, inondations et désertification réduisent les récoltes et menacent la sécurité alimentaire des ménages.

Un autre obstacle majeur réside dans la crise des financements. Les budgets alloués aux programmes d’urgence et de développement ont été drastiquement réduits, limitant la capacité des acteurs humanitaires et des gouvernements à apporter des réponses adaptées. Sans une mobilisation accrue des ressources, la situation ne peut que se dégrader davantage.

Le Nord du Mali, épicentre de la crise

Parmi les pays du Sahel, le Mali se distingue par l’ampleur de la crise. Les régions de Gao, Tombouctou et Kidal, déjà éprouvées par des années d’instabilité, subissent de plein fouet les conséquences des violences armées. Les populations locales, contraintes de fuir vers le sud du pays, notamment à Bamako ou Sikasso, s’entassent dans des camps de déplacés où les conditions de vie sont précaires.

Fanta Touré Diop, représentante régionale de l’ONG Action contre la Faim, alerte sur l’urgence d’agir : « Le Mali, comme ses voisins le Burkina Faso et le Niger, fait face à des défis sécuritaires et humanitaires sans précédent. La combinaison des conflits, du changement climatique et de la baisse des financements crée une tempête parfaite pour les populations les plus vulnérables. »

Quelles solutions pour inverser la tendance ?

Face à cette crise, une réponse coordonnée et multisectorielle s’impose. Plusieurs pistes sont évoquées par les experts pour renforcer la résilience des populations.

Renforcer le leadership politique : Le gouvernement malien doit jouer un rôle central dans la coordination des actions, en collaboration avec les organisations internationales et la société civile. Des politiques publiques adaptées, combinant aide d’urgence et développement à long terme, sont indispensables.

Améliorer la collecte de données : Disposer d’informations précises sur les besoins des populations permet d’optimiser l’allocation des ressources et d’ajuster les stratégies en temps réel. Les données doivent être accessibles et partagées entre tous les acteurs concernés.

Mobiliser des financements durables : La crise actuelle est aussi une crise de financement. Avec un budget nécessaire estimé à 3,7 milliards de dollars pour couvrir les besoins régionaux, seule une infime partie (21 %) a été mobilisée à ce jour. Une augmentation significative des contributions des États et des bailleurs de fonds est urgente.

Enfin, soutenir les initiatives locales : Les communautés doivent être associées aux solutions. Des programmes de soutien à l’agriculture résiliente, à l’éducation nutritionnelle et à l’autonomisation des femmes peuvent contribuer à réduire la dépendance à l’aide extérieure.

Un appel à l’action immédiate

En 2025, 57 millions de personnes en Afrique de l’Ouest et centrale sont en insécurité alimentaire, dont 24,3 millions dans la seule région sahélienne. Parmi elles, 11,3 millions d’enfants et de femmes risquent de souffrir de malnutrition aiguë. Ces chiffres illustrent l’urgence d’une mobilisation conjointe des gouvernements, des ONG et de la communauté internationale.

La crise au Sahel n’est pas une fatalité. Elle exige des décisions audacieuses, une solidarité renforcée et une vision à long terme. Sans une action immédiate et concertée, des millions de vies resteront en danger. Le moment d’agir est désormais.