25 mai 2026
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Cinq ans jour pour jour après le renversement du pouvoir civil par le général Assimi Goïta, le Mali se trouve à un carrefour critique. Le bilan de cette transition militaire est contrasté : entre critiques acerbes et soutien populaire, la situation du pays suscite des débats passionnés.

Portrait d'Assimi Goïta

Un pouvoir sous le feu des critiques

Depuis ce coup d’État du 24 mai 2021, les observateurs pointent du doigt une détérioration alarmante des conditions de vie des Maliens. Moins de sécurité, moins de libertés, telle est la réalité que dénoncent de nombreux citoyens et organisations. La liberté d’expression et celle de la presse, autrefois garanties, subissent aujourd’hui des restrictions croissantes.

Les voix dissidentes ne sont plus tolérées : emprisonnements arbitraires et exil forcé sont devenus monnaie courante pour quiconque ose critiquer le régime. Pourtant, malgré ces mesures répressives, une frange significative de la population continue de soutenir Assimi Goïta et son gouvernement militaire.

Sécurité : l’échec cuisant d’une promesse centrale

Au cœur des motivations du putsch figuraient la lutte contre les groupes djihadistes et la restauration de la sécurité. Cinq ans plus tard, force est de constater que cet objectif reste hors de portée. Le JNIM et l’État islamique contrôlent toujours de vastes portions du territoire malien, notamment dans le nord du pays.

Les dernières attaques coordonnées, impliquant à la fois des djihadistes et des rebelles touaregs, ont rappelé l’ampleur de la menace. En avril 2026, des assauts d’une violence inédite ont ébranlé la stabilité du pays, révélant l’incapacité des autorités à protéger leur propre territoire. Ces événements ont marqué un tournant : les groupes armés ne se contentent plus de contrôler des zones reculées, ils défient désormais ouvertement l’État malien.

L’Alliance des États du Sahel : une solidarité en trompe-l’œil

Face à l’insécurité grandissante, le Mali s’est tourné vers ses voisins de l’Alliance des États du Sahel (AES) — le Niger et le Burkina Faso. Cependant, les promesses d’aide militaire n’ont pas résisté à l’épreuve des faits. Lors des récentes attaques, Bamako s’est retrouvé seul face à l’ennemi.

Les mercenaires russes, déployés pour combler le vide laissé par le retrait des forces françaises, ont rapidement montré leurs limites. Leur départ précipité de Kidal et d’autres localités stratégiques, sans même livrer combat, a marqué une humiliation supplémentaire pour les autorités maliennes. Quant à l’aide annoncée par le Niger et le Burkina Faso, elle s’est limitée à des frappes aériennes symboliques, insuffisantes pour inverser le cours des événements.

Un pays au bord de l’effondrement

La situation économique et sociale du Mali s’est considérablement dégradée. La croissance démographique fulgurante, couplée aux effets dévastateurs du changement climatique, aggrave une précarité déjà endémique. Les agriculteurs, autrefois capables de cultiver leurs champs en toute sécurité, doivent aujourd’hui se résoudre à l’abandon de leurs terres.

Les blocages récurrents des approvisionnements, comme celui du carburant au printemps 2025, ont plongé le pays dans une crise sans précédent. Les populations, acculées, se tournent vers le gouvernement par défaut, faute de mieux, et non par adhésion idéologique.

Un soutien populaire conditionnel

Malgré les critiques, une majorité de Maliens semblent préférer le diable qu’ils connaissent à l’inconnu. Les craintes d’un basculement sous la coupe des djihadistes ou du retour des anciennes élites corrompues, liées à l’Occident, pèsent lourd dans la balance.

Les réseaux sociaux, souvent pointés du doigt pour leur rôle dans la diffusion de désinformation, jouent un rôle ambigu. Ils amplifient à la fois les soutiens au régime et les critiques, tout en reflétant une jeunesse majoritairement désenchantée, qui n’a connu que l’instabilité. Les appels à la manifestation, après les attaques d’avril 2026, sont restés lettre morte. Les citoyens, résignés, savent que le renversement du gouvernement actuel ne garantirait pas un avenir plus radieux.

Quelles pistes pour l’avenir ?

Face à l’impasse sécuritaire, certains experts plaident pour une approche pragmatique : combiner action militaire et dialogue avec les factions djihadistes modérées. L’objectif ? Éviter que le pays ne sombre dans le chaos total, comme l’ont connu d’autres nations confrontées à des crises similaires.

Une chose est sûre : les Maliens ne veulent ni de la charia ni d’un retour aux anciens systèmes politiques. Pourtant, sans une amélioration tangible de la sécurité et des conditions de vie, le soutien au gouvernement actuel pourrait s’éroder, laissant le champ libre à des alternatives encore plus radicales.

De la fumée sur les routes de Bamako

Une chose est certaine : cinq ans après le putsch, le Mali n’a toujours pas trouvé sa voie. Entre répression, insécurité et espoirs déçus, le pays reste suspendu à un équilibre fragile, où chaque décision pourrait basculer le destin de millions de personnes.