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Burkina Faso : quand la dette intérieure étouffe l’économie et pèse sur les ménages

Avec une dette publique qui dépasse désormais les 8 300 milliards de francs CFA, le Burkina Faso se trouve dans une situation financière plus tendue que jamais. L’État, contraint de se tourner vers les marchés régionaux pour boucler son budget, doit désormais supporter des taux d’intérêt élevés et une dépendance accrue envers des prêts à moyen et long terme. Les conséquences pour les citoyens, les entreprises et l’économie nationale sont lourdes : appauvrissement des ménages, asphyxie du secteur privé et fragilisation de la croissance.

Des emprunts répétés pour combler un trou budgétaire grandissant

Depuis le début de l’année, le Trésor public burkinabè a levé plus de 1 000 milliards de francs CFA sur le marché des titres publics. Pour sécuriser ces fonds, Ouagadougou mise sur des émissions obligataires régionales, notamment une nouvelle opération de 100 milliards de francs CFA lancée en octobre. Cette stratégie permet de maintenir à flot un État sous pression, mais elle creuse aussi un déficit structurel déjà critique.

Les investisseurs régionaux, attirés par des rendements attractifs (entre 6,6 % et 7 %), consentent à prêter sur des durées allongées jusqu’à dix ans. Pourtant, cet étalement des remboursements ne fait que reporter le problème : le coût réel de la dette explose, alourdissant la charge financière pour les générations futures.

Une économie locale étouffée par l’effet d’éviction

Avec près de 60 % de sa dette publique contractée auprès d’acteurs locaux, l’État puise dans les ressources des banques et des institutions financières du pays. Or, cette absorption massive de liquidités réduit mécaniquement l’offre de crédits disponibles pour les entreprises privées.

Les conséquences sont immédiates : les PME et les grands groupes peinent à financer leurs projets, freinant ainsi l’investissement productif. Dans un contexte déjà marqué par une insécurité persistante et un climat des affaires dégradé, cette situation aggrave encore la crise économique du pays.

La dette intérieure, un piège à long terme pour le Burkina Faso

L’encours global de la dette publique burkinabè, qui s’élève à 8 311 milliards de francs CFA, affiche une progression vertigineuse de 13 % en un an. Malgré les alertes du FMI concernant un risque de surendettement « modéré » (ratio dette/PIB estimé à 51 %), la vulnérabilité du pays reste réelle.

Cette dépendance découle en grande partie de la manne aurifère, dont les recettes fluctuantes ne suffisent pas à compenser les dépenses récurrentes. Les prévisions officielles, bien trop optimistes (croissance de 6 % en 2026 contre 4,9 % selon le FMI), masquent une réalité plus sombre : les fonds empruntés servent avant tout à rembourser les dettes passées et à financer des dépenses d’urgence plutôt que des investissements durables.

Vers une spirale sans issue ?

Sans une refonte ambitieuse de la politique fiscale et une diversification des sources de revenus, le Burkina Faso s’enferme dans un cercle vicieux où chaque nouvel emprunt ne fait qu’aggraver le suivant. Les ménages, déjà touchés par la hausse des prix et le chômage, supportent une part croissante du fardeau.

À terme, le pays pourrait se retrouver dans une impasse : moins de ressources pour les services publics, une croissance atone et une population de plus en plus fragilisée. La question n’est plus de savoir si le Burkina Faso peut éviter la crise, mais plutôt à quel point celle-ci sera dévastatrice.