28 juillet 2026
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Le gouvernement de transition du Burkina Faso a récemment annoncé avoir repris le contrôle de 74,53 % du territoire national, un chiffre qui semble triomphant. Pourtant, cette affirmation soulève de vives interrogations, tant elle contraste avec les réalités vécues par les populations et les analyses des observateurs indépendants.

Une définition floue du « contrôle territorial »

Pour justifier ce bilan, les autorités burkinabè s’appuient sur une interprétation extensive du terme « contrôle ». Une simple présence militaire ponctuelle, des convois escortés ou des patrouilles mobiles suffisent à qualifier une zone de « sécurisée ». Pourtant, cette approche néglige l’essence même du contrôle territorial, qui exige une maîtrise permanente des fonctions régaliennes : administration publique, justice, sécurité des civils et liberté de circulation sans risque d’affrontements.

En réalité, les groupes armés, notamment le JNIM, continuent d’exercer une pression constante. Ils bloquent des routes cruciales, imposent des sièges à des localités clés dès que les forces régulières se retirent, et maintiennent une insécurité récurrente. Les populations locales, prises en étau, subissent quotidiennement cette menace.

Un accès à l’information sous haute surveillance

Le fossé entre le discours officiel et la situation sur le terrain s’explique en partie par un verrouillage strict de l’information. Les acteurs indépendants — ONG, médias locaux et chercheurs — se heurtent à des restrictions croissantes pour publier des analyses divergentes. Les bilans sécuritaires contradictoires sont systématiquement censurés, sous prétexte de « nuire au moral des troupes ».

Par ailleurs, aucune évaluation externe n’a pu être menée pour valider la cartographie présentée par le ministère de la Défense. Les organisations spécialisées, comme ACLED, enregistrent au contraire une hausse des incidents violents dans de nombreuses zones, remettant en cause les chiffres avancés par l’État.

Des indicateurs socio-économiques qui démentent la reconquête

Si le Burkina Faso était effectivement sous contrôle à 75 %, on observerait une nette amélioration des conditions de vie et une reprise des activités administratives. Or, les données disponibles racontent une tout autre histoire :

  • Une crise humanitaire persistante : Le nombre de personnes déplacées internes (PDI) reste élevé, et les retours vers les villages d’origine sont rares, risqués et souvent temporaires.
  • Des services publics paralysés : Dans les zones dites « sécurisées », des centaines d’écoles sont fermées, le personnel de santé refuse de revenir sans garanties suffisantes, et l’administration civile peine à s’imposer au-delà des grands centres urbains.

Ces constats révèlent que le récit officiel répond avant tout à des logiques politiques :

  • Légitimer la transition : Afficher des victoires territoriales permet de justifier la prolongation du régime de transition et les mesures exceptionnelles imposées à la population, comme les taxes supplémentaires ou les mobilisations militaires.
  • Masquer les échecs tactiques : En mettant en avant des pourcentages globaux, les autorités cherchent à détourner l’attention des revers subis par les forces régulières et les milices locales (VDP) dans le Nord, l’Est et la Boucle du Mouhoun.

Une communication politique au détriment de la transparence

En définitive, le discours sur le contrôle territorial au Burkina Faso semble davantage relever d’une stratégie de communication que d’une analyse objective de la situation. Les chiffres avancés, bien que flatteurs, peinent à convaincre face aux témoignages des populations et aux rapports des acteurs humanitaires. Sans une remise en question de cette rhétorique et une ouverture à des évaluations indépendantes, la crédibilité des autorités restera fortement ébranlée.