Au Brésil, la victoire ne suffit pas : il faut aussi la manière. Les supporters de la Seleção attendent du joga bonito, ce fameux beau jeu qui fait vibrer les foules. Vendredi à Philadelphie, l’équipe auriverde a offert un récital pendant quarante-cinq minutes avant de baisser de régime, mais le score final de 3-0 contre Haïti a rempli son contrat.
Le sélectionneur italien Carlo Ancelotti avait modifié son attaque en titularisant Matheus Cunha à la place d’Igor Thiago. Le pari s’est avéré gagnant dès la première demi-heure : l’attaquant de Manchester United a ouvert le score en déviant un tir de Vinícius Jr, puis a doublé la mise d’un superbe tir du pied gauche dans la lucarne, sur une nouvelle offrande de Vini Jr. Sa célébration de surfeur a fait le tour du monde.
Avant la pause, Vinícius Jr s’est à son tour inscrit sur la feuille de match, profitant d’une passe lobée de Lucas Paquetá, bien plus en vue que lors du match nul face au Maroc. Les tribunes vibraient, et l’on s’attendait à une déferlante, à l’image du festival canadien contre le Qatar la veille.
Mais les Haïtiens, surnommés les Grenadiers, ont refusé de sombrer. Après un carton jaune précoce, leur sélectionneur Sébastien Migné a réorganisé sa défense, passant d’une ligne de cinq à quatre, avec un bloc plus bas et un milieu resserré. L’hémorragie a été stoppée, même si le Brésil a continué de dominer.
Les Haïtiens n’ont pas « garé l’autobus ». Ils ont proposé un jeu direct et volontaire, plus lucide qu’en première période. Ils ont même eu quelques occasions, notamment sur un une-deux entre Martin Expérience et Pierrot qui a offert un premier corner, puis un second après l’heure de jeu, mais Alisson a veillé.
La baisse de rythme du Brésil s’explique aussi par la blessure de Raphinha dès la 40e minute. L’ailier du FC Barcelone, auteur d’une saison exceptionnelle avec 34 buts et 22 passes décisives en club, a manqué sur le flanc droit. Neymar, toujours blessé, n’était même pas du voyage à Philadelphie. Ancelotti a probablement évité une polémique en ne l’écartant pas franchement, mais on peut se demander si João Pedro, en forme à Chelsea, n’aurait pas mérité une place.
Avec ce résultat, le Brésil a sans doute quelques regrets sur le différentiel de buts, alors qu’Haïti a commis plusieurs erreurs de communication avec son gardien Johny Placide. Les Grenadiers deviennent la première nation éliminée de ce Mondial. Leur match décisif était contre l’Écosse, perdu 1-0 après avoir donné du fil à retordre. Ils n’ont pas à rougir de tomber face au quintuple champion du monde.
Mercredi, Haïti jouera pour l’honneur contre le Maroc, demi-finaliste en 2022. Un match suivi de près par les diasporas haïtienne et marocaine au Québec, le jour de la fête nationale québécoise. En 1974, Haïti avait perdu ses trois matchs (3-1 contre l’Italie, 7-0 contre la Pologne et 4-1 contre l’Argentine), avec deux buts d’Emmanuel Sanon. Verra-t-on un nouveau buteur haïtien en Coupe du monde ?
Le Brésil, de son côté, n’a plus gagné le tournoi depuis 2002 (l’époque des Ronaldo, Rivaldo et Ronaldinho). C’est la plus longue disette depuis celle qui a suivi le deuxième titre de Pelé en 1970. Les Brésiliens sont-ils prêts à gagner, et avec panache cette fois ? La réponse viendra après le dernier match de groupe.