24 juillet 2026
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Le Mali confronté à une escalade jihadiste sans précédent

Sur le front économique comme militaire, le Mali subit une offensive d’une rare intensité. Le groupe Jnim, affilié à al-Qaïda, a franchi un cap supplémentaire dans sa stratégie de blocus en incendiant une dizaine d’autocars sur l’axe Ségou-Bamako durant le week-end. Ce corridor, artère vitale de la capitale, voit son approvisionnement menacé, tandis que, simultanément, des installations électriques associées au barrage de Manantali ont été délibérément détruites. Malgré les opérations menées par l’armée malienne, l’étau se resserre, sans qu’aucune issue ne se profile à court terme.

Manantali, symbole d’une guerre économique aux conséquences régionales

L’attaque contre le barrage de Manantali n’est pas un simple coup de force : elle cible l’un des piliers du réseau électrique malien. Géré conjointement avec la Mauritanie et le Sénégal dans le cadre de l’OMVS, ce barrage alimente non seulement Bamako, mais aussi les économies voisines. En détruisant ses lignes d’évacuation, le Jnim frappe au cœur de la vie quotidienne, provoquant des coupures prolongées qui paralysent services publics, commerces et industries. Cette tactique s’inscrit dans une logique plus large : affaiblir les autorités de transition dirigées par le général Assimi Goïta en exacerbant les tensions sociales.

Les semaines précédentes ont été marquées par des attaques répétées contre les convois de carburant en provenance du Sénégal et de la Côte d’Ivoire. Le Jnim cherche à exploiter ces pénuries pour fragiliser la légitimité du gouvernement malien, transformant une crise locale en enjeu national et transfrontalier.

L’armée malienne en première ligne face à une stratégie de harcèlement

Face à cette pression constante, les Forces armées maliennes (FAMa) maintiennent une riposte active, combinant opérations terrestres et aériennes. Ces dernières semaines, des escortes militaires ont permis l’arrivée à Bamako de centaines de camions-citernes, une bouffée d’oxygène temporaire pour une ville en manque. Pourtant, cette avancée reste fragile : chaque convoi représente un engagement logistique colossal, et la sécurisation durable des axes routiers semble hors de portée pour l’instant.

Le défi est double pour Bamako. À l’ouest et au centre, les embuscades et les destructions d’infrastructures se multiplient. Plus au nord, dans la région de Kidal, la situation reste bloquée dans un statu quo tendu, où de nouveaux affrontements avec le Cadre stratégique permanent paraissent inévitables. Les moyens militaires, déjà limités, s’amenuisent, tandis que le pouvoir doit gérer des fronts multiples.

Un blocus aux répercussions régionales

L’impact du conflit malien dépasse largement les frontières du pays. Les pays voisins, notamment le Sénégal, la Mauritanie et la Côte d’Ivoire, subissent de plein fouet le ralentissement des corridors commerciaux ouest-africains. Les ports de Dakar et d’Abidjan, essentiels pour l’approvisionnement de l’hinterland sahélien, voient leur trafic diminuer, affectant des économies déjà fragilisées.

La Confédération des États du Sahel (Mali, Burkina Faso, Niger) peine à coordonner une réponse unifiée face à cette guerre économique menée par les groupes jihadistes. L’attaque contre Manantali soulève également une question cruciale : celle des infrastructures partagées au sein de l’OMVS. Une dégradation supplémentaire des installations aurait des conséquences directes sur l’approvisionnement électrique du Sénégal et de la Mauritanie, risquant de transformer une crise malienne en crise régionale.

Dans ce contexte, les partenaires internationaux doivent arbitrer entre le soutien à la souveraineté malienne et la protection des intérêts vitaux des pays voisins. Sur le terrain, le décalage entre les annonces de l’armée et la réalité d’une capitale sous tension illustre l’ampleur des défis auxquels le Mali est confronté. Le Jnim ne se contente plus de contrôler des territoires : il cherche à asphyxier un État, en misant sur l’épuisement de ses ressources et de sa population.