24 juillet 2026
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Au Mali, la situation se dégrade alors que le Jnim, mouvement armé affilié à al-Qaïda, intensifie son blocus autour de Bamako. Ces derniers jours, plusieurs véhicules de transport en commun ont été incendiés sur la route reliant Ségou à la capitale, coupant l’un des principaux axes d’approvisionnement du pays. Parallèlement, les installations électriques alimentant le barrage hydroélectrique de Manantali, situé dans la région de Kayes, ont été ciblées et endommagées. Malgré les efforts de l’armée malienne, qui mène des opérations sur plusieurs fronts, l’étau économique se resserre inexorablement sur le pays.

Manantali, un symbole de la vulnérabilité énergétique du Mali

L’attaque contre Manantali n’est pas un hasard : cette infrastructure, gérée conjointement avec la Mauritanie et le Sénégal au sein de l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS), représente un pilier essentiel du réseau électrique malien. En endommageant ses lignes de transport d’électricité, le Jnim ne frappe pas seulement les forces de défense : il s’attaque directement aux fondements de l’économie urbaine, où les coupures de courant paralysent services publics, commerces et industries. Une stratégie qui s’inscrit dans une logique d’usure économique, visant à fragiliser le pouvoir en place.

Cette campagne de sabotage s’inscrit dans une dynamique plus large, marquée par le blocage répété des convois de carburant en provenance du Sénégal et de la Côte d’Ivoire. Les groupes jihadistes cherchent ainsi à exploiter la pénurie d’hydrocarbures pour alimenter le mécontentement populaire envers les autorités de transition dirigées par le général Assimi Goïta. Bamako, jusqu’alors relativement épargnée, devient le théâtre d’une bataille sans merci où chaque infrastructure stratégique est menacée.

L’armée malienne en première ligne, mais sous pression

Face à cette offensive, les Forces armées maliennes (FAMa) multiplient les opérations aériennes et terrestres pour tenter de desserrer l’étau. Ces derniers jours, des escortes militaires ont permis l’arrivée de centaines de camions-citernes à Bamako, soulageant temporairement les stations-service sous tension. Pourtant, cette avancée reste fragile : chaque convoi nécessite des moyens colossaux, et la sécurisation durable des axes routiers semble hors d’atteinte à court terme.

Les défis des FAMa sont encore aggravés par une stratégie ennemie qui combine embuscades, destructions ciblées et pression constante. À l’ouest et au centre du pays, les attaques se multiplient, tandis que la région de Kidal reste en proie à une tension persistante. L’armée doit également faire face à des groupes armés dans le nord, comme ceux du Cadre stratégique permanent, compliquant davantage la donne sécuritaire. Avec des ressources humaines et matérielles qui s’amenuisent, Bamako tente de gérer une équation de plus en plus complexe.

Un conflit qui dépasse les frontières maliennes

Le blocus imposé par le Jnim dépasse désormais le cadre national, affectant directement les économies voisines. Le Sénégal, la Mauritanie et la Côte d’Ivoire ressentent les répercussions de la dégradation des corridors commerciaux ouest-africains. Le ralentissement des flux de marchandises pèse sur les ports de Dakar et d’Abidjan, dont une part importante du trafic transite vers l’arrière-pays sahélien. La Confédération des États du Sahel, qui regroupe le Mali, le Burkina Faso et le Niger, peine à coordonner une réponse unifiée face à cette guerre économique menée par les groupes jihadistes.

L’attaque contre Manantali soulève également une question cruciale pour la région : celle des infrastructures partagées au sein de l’OMVS. Une dégradation supplémentaire des installations pourrait avoir des conséquences directes sur l’approvisionnement électrique du Sénégal et de la Mauritanie, transformant un problème malien en crise régionale. Les partenaires internationaux, qu’ils soient bailleurs de fonds ou fournisseurs d’équipements militaires, se retrouvent face à un dilemme : soutenir la souveraineté du Mali tout en protégeant des infrastructures transfrontalières vitales.

Sur le terrain, le décalage entre les annonces de l’armée et la réalité d’une capitale sous pression illustre l’ampleur des défis auxquels le pays est confronté. Le Jnim ne cherche plus seulement à contrôler des territoires ; il vise à étouffer un État dans son ensemble. Les prochains jours pourraient voir de nouveaux affrontements, notamment autour de Kidal, où la situation reste extrêmement tendue.