18 juin 2026
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Le gouvernement béninois a engagé une offensive résolue contre le marché des produits dépigmentants. À compter du 5 mai dernier, une série de crèmes, lotions et autres préparations destinées à éclaircir la peau se trouve formellement interdite à la vente sur l’ensemble du territoire national. Cette décision forte entend enrayer une pratique très répandue, dont les répercussions sanitaires préoccupent de plus en plus les autorités.

Un frein au phénomène du « tchatcho »

Au Bénin, l’utilisation de produits éclaircissants, désignée sous le nom de « tchatcho », touche une frange importante de la population, tous milieux sociaux confondus. Que ce soit sur les étals du marché Dantokpa ou via les boutiques en ligne sur les réseaux sociaux, ces articles étaient jusqu’alors très aisément accessibles.

La nouvelle réglementation a pour ambition de mettre un terme à cette dissémination. Le ministère de la Santé, en partenariat avec les instances de régulation pharmaceutique, a dressé un catalogue des produits jugés nocifs. Des inspections accrues sont désormais annoncées, tant auprès des grossistes que des détaillants.

L’objectif est net : interrompre les chaînes d’approvisionnement d’un commerce extrêmement lucratif, mais souvent alimenté par la contrebande et des mixtures artisanales dont la composition échappe à tout contrôle.

Des dangers sanitaires de plus en plus alarmants

Si l’État a choisi de durcir sa position, c’est en raison des multiples mises en garde émises depuis plusieurs années par les professionnels de la santé. Les dermatologues, en particulier, ne cessent d’alerter sur les effets dévastateurs de la dépigmentation artificielle.

Les produits visés renferment fréquemment des substances potentiellement nocives telles que l’hydroquinone, des corticoïdes puissants ou encore du mercure. Employés de façon répétée, ces composants peuvent entraîner un affaiblissement considérable de la peau et provoquer des complications parfois irréversibles.

À brève échéance, les utilisateurs s’exposent à des brûlures, des vergetures profondes, un épiderme très fin, des problèmes de cicatrisation ainsi que des infections cutanées à répétition.

Mais les conséquences ne se limitent pas à la surface cutanée. En pénétrant dans l’organisme, ces substances peuvent favoriser l’apparition de pathologies sévères telles que l’insuffisance rénale chronique, l’hypertension artérielle, certains désordres métaboliques, ou encore accroître les risques de cancers de la peau.

Un enjeu qui dépasse la simple répression

Si cette interdiction est saluée par le corps médical, sa mise en œuvre s’annonce complexe. Les autorités devront faire face à la perméabilité des frontières, à la circulation des produits de contrebande et à l’ingéniosité des vendeurs, qui modifient régulièrement les emballages pour échapper aux contrôles.

Au-delà des sanctions, le véritable défi est aussi culturel. L’attrait pour les peaux claires, entretenu par certains critères esthétiques et des pressions sociales persistantes, continue d’alimenter la demande.

Pour produire des effets durables, cette politique devra donc s’accompagner de vastes campagnes de sensibilisation visant à valoriser les teints naturels et à déconstruire les stéréotypes liés à la couleur de peau.

En s’engageant dans cette lutte, le Bénin franchit une étape importante pour la protection de la santé publique. Reste à savoir si la fermeté des autorités et l’évolution des mentalités parviendront à freiner durablement le phénomène du « tchatcho ».