9 juin 2026
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Une tentative de coup d’état au Bénin : que s’est-il passé ?

L’Afrique de l’Ouest traverse une période d’instabilité politique marquée par plusieurs coups d’État depuis le début des années 2020, notamment au Sahel, en Guinée et en Guinée-Bissau. Au Bénin, la situation a basculé ce week-end avec une tentative de putsch visant à renverser le président Patrice Talon.

Dimanche matin, huit militaires ont fait une apparition télévisée pour annoncer la destitution du chef de l’État. Après des heures d’incertitude à Cotonou, capitale économique du pays, Patrice Talon a affirmé que la situation était totalement sous contrôle. Cependant, les affrontements entre mutins et forces loyales ont fait plusieurs victimes.

Pour rétablir l’ordre, le gouvernement béninois a reçu le soutien du Nigeria, qui a mené des frappes aériennes sur la base militaire de Togbin, où s’étaient retranchés les putschistes. Des troupes nigérianes sont également intervenues au sol pour reprendre le contrôle de la base dans la nuit de dimanche à lundi.

Réactions régionales et internationale

La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a réagi rapidement en annonçant l’envoi de renforts militaires depuis quatre pays de la région. Son objectif : préserver l’ordre constitutionnel. Omar Alieu Touray, président de la Commission de la CEDEAO, a qualifié la situation d’« urgence communautaire », évoquant à la fois la menace jihadiste et la multiplication des coups d’État.

La France, par la voix d’Emmanuel Macron, a apporté son soutien politique à la CEDEAO. Le président français a échangé avec Patrice Talon, ainsi qu’avec les dirigeants du Nigeria et de la Sierra Leone, pays assurant alors la présidence tournante de l’organisation.

Une douzaine d’arrestations, mais des fugitifs toujours recherchés

Une douzaine de militaires ont été arrêtés, mais certains putschistes, dont le lieutenant-colonel Pascal Tigri, chef de l’opération, restent en fuite. Ils avaient pris en otage deux hauts gradés de l’armée, dont le chef d’état-major de l’armée de terre, Abou Issa, et celui de la garde nationale, Faïzou Gomina, libérés par la suite.

La vie a repris son cours à Cotonou, mais cette crise soulève des questions sur la stabilité politique de la région et sur les prochaines élections au Bénin.

Élections et tensions politiques au Bénin

Patrice Talon, en fonction depuis 2016, doit quitter le pouvoir en avril 2026 après deux mandats, conformément à la Constitution. Si son bilan économique est salué, ses détracteurs lui reprochent un virage autoritaire, notamment l’exclusion du principal parti d’opposition, les Démocrates, faute de parrainages suffisants.

Romuald Wadagni, ministre des Finances et dauphin désigné de Talon, est donné favori pour le scrutin. L’ancien président Thomas Boni Yayi, dirigeant des Démocrates, a fermement condamné la tentative de coup d’État, appelant à des élections libres et transparentes.

Omar Alieu Touray a également pointé du doigt l’« érosion de l’inclusivité électorale » dans plusieurs États de la CEDEAO, soulignant que les élections deviennent un « déclencheur d’instabilité » dans la sous-région.