9 juin 2026
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L’Alliance des États du Sahel (AES), composée du Burkina Faso, du Mali et du Niger, traverse une période charnière marquée par des transitions politiques inédites. Depuis 2020, ces trois nations sont dirigées par des juntes militaires, justifiant leur prise de pouvoir par la nécessité de lutter contre le terrorisme et l’insécurité. Ces défis sécuritaires, exacerbés par la montée des groupes djihadistes, ont fragilisé les régimes précédents et poussé une partie de la population à soutenir ces coups d’État, perçus comme des solutions temporaires.

Un modèle démocratique en crise

Cependant, à mesure que les transitions s’éternisent, les citoyens de l’AES s’interrogent sur la volonté réelle des militaires de rétablir l’état de droit et la démocratie. Les fondements même de la démocratie sont remis en question, notamment par les pouvoirs en place. Au Mali, les consultations nationales organisées par la junte ont abouti à des propositions radicales : dissolution des partis politiques et des associations à caractère politique, ainsi qu’une extension du mandat du général Assimi Goïta à cinq ans renouvelables. Ce dernier, arrivé au pouvoir en août 2020, ne dispose d’aucune légitimité électorale, sa prétendue popularité étant difficile à évaluer dans un contexte de répression.

Vers une remise en cause des structures politiques traditionnelles ?

Au Niger et au Burkina Faso, des scénarios similaires se dessinent. Les consultations nationales de Bamako ont été boycottées par les principaux partis politiques, soulignant l’absence de consensus sur la restauration de la démocratie. Pourtant, comme le rappellent plusieurs experts, la démocratie repose sur l’équilibre des pouvoirs et la participation citoyenne. À Ouagadougou et Niamey, les populations aspirent à des modèles politiques adaptés aux réalités locales, loin des influences coloniales.

Soma Abdoulaye, professeur de droit à l’université de Ouagadougou, estime que le problème ne réside pas dans l’absence de normes, mais dans leur application par des dirigeants dépourvus d’esprit démocratique. Cette critique s’étend à l’ensemble de la région, où les transitions militaires sont perçues comme une opportunité de rompre avec les modèles hérités des années 1990.

L’instrumentalisation de l’opinion publique

Dans les trois pays de l’AES, le débat sur la démocratie occidentale est vif. Les juntes justifient leur pouvoir en remettant en cause la fiabilité des processus démocratiques, tout en instrumentalisant l’opinion publique pour consolider leur autorité. Au Mali, l’alternance démocratique de 1992 a rapidement cédé la place à une instabilité chronique, marquée par des coups d’État et une insécurité persistante. Au Niger, le multipartisme des années 1990 a également été ébranlé par des dysfonctionnements institutionnels, favorisant l’intervention de l’armée.

Les sanctions imposées par la Cédéao et d’autres institutions internationales sont perçues comme une ingérence occidentale, tandis que les populations de l’AES revendiquent une plus grande autonomie. Les dirigeants militaires, comme le capitaine Ibrahim Traoré au Burkina Faso, n’hésitent pas à critiquer ouvertement le modèle démocratique, affirmant qu’aucun pays ne s’est développé sous ce régime. Une affirmation contestée par des voix comme celle de François Akila-Esso Boko, ancien ministre togolais de l’Intérieur, qui rappelle les échecs des systèmes autoritaires.

Quel rôle pour les partis politiques ?

Les partis politiques, notamment ceux de l’opposition, jouent un rôle clé dans la préservation de la démocratie. Jean Didier Boukongou, professeur de droit international à l’université catholique de l’Afrique centrale, souligne l’importance de leur éducation et de leur résilience face aux régimes en place. Pourtant, au Guinée, un autre pays dirigé par une junte militaire, plus de 50 formations politiques ont été interdites sous prétexte de non-respect des critères d’évaluation. Le pays prépare un référendum constitutionnel pour septembre, présenté comme une étape vers un retour à l’ordre constitutionnel, mais critiqué pour son manque de transparence et la répression des opposants.

La quête d’une nouvelle identité politique dans l’AES et au-delà reflète une volonté de se libérer des modèles imposés et de construire des systèmes adaptés aux aspirations des populations. Cependant, la restauration de la démocratie et de l’état de droit reste un défi majeur dans un contexte marqué par l’instabilité, la répression et des transitions prolongées.