La région de Say, au Niger, a été le théâtre d’une tragédie, marquant un nouveau coup dur pour les forces de sécurité locales. Le commandant du groupement de gendarmerie de Say, le capitaine Maman Ada Sahabi, ainsi qu’au moins deux de ses hommes, ont trouvé la mort lors d’une embuscade tendue par des éléments du Jama’at Nasr al-Islam wal-Muslimin (JNIM) sur le fleuve Niger. Plus d’une journée après l’attaque, la vedette transportant la dépouille de l’officier supérieur continuait de dériver, sans qu’une opération de récupération n’ait pu être mise en œuvre par les autorités.
Détails de l’attaque meurtrière sur le fleuve Niger
Selon des informations provenant de sources sécuritaires sur place, le capitaine Sahabi était en mission de vérification de renseignement à bord d’une embarcation, accompagné de quatre gendarmes. Cette opération coïncidait avec le jour de marché hebdomadaire de Say. En fin d’après-midi, vers 17 heures, leur navire a été la cible de tirs intenses provenant des rives du fleuve. L’embuscade s’est déroulée dans une zone hautement sensible, située entre les régions de Tillabéri et Dosso.
L’assaut a été d’une violence extrême, entraînant la mort immédiate d’au moins trois gendarmes, dont le capitaine Maman Ada Sahabi. Si le corps de l’officier est resté à bord de la vedette, les dépouilles de deux autres militaires ont été emportées par le courant du fleuve. L’embarcation, avec le corps du capitaine toujours à son bord, a continué sa dérive. Les forces engagées sur le terrain expriment une vive préoccupation, craignant la présence d’engins explosifs improvisés (IED) ou l’éventualité d’une seconde embuscade.
Un officier clé dans la lutte antiterroriste
Âgé d’une quarantaine d’années, le capitaine Maman Ada Sahabi dirigeait le groupement de gendarmerie de Say depuis plus de cinq ans. Il était reconnu comme un élément indispensable du dispositif de sécurité dans cette zone frontalière stratégique. Son engagement de longue date dans la lutte contre les groupes armés terroristes (GAT) qui sévissent dans le Liptako-Gourma était exemplaire. Cette disparition tragique s’inscrit dans un contexte d’escalade des attaques contre les patrouilles fluviales et terrestres dans la région de Tillabéri, un épicentre historique de l’activité du JNIM et de l’État islamique au Sahel (EIGS).
L’indignation grandissante face à la gestion des corps
Au-delà de la violence de l’attaque, c’est l’abandon apparent du corps de cet officier supérieur pendant plus de 24 heures qui suscite une profonde indignation. L’absence d’instructions claires de la hiérarchie a empêché toute opération de récupération, une situation jugée incompréhensible tant par les forces de sécurité que par les populations locales de Say. Cet épisode est perçu comme le symbole d’un commandement hésitant, souvent incapable d’honorer rapidement ses morts. Pour de nombreux observateurs, cette pratique est devenue plus fréquente depuis le coup d’État du 26 juillet 2023.
La vie des soldats nigériens en première ligne, un débat relancé
Cette tragédie relance avec acuité le débat sur la valeur accordée aux sacrifices des Forces de Défense et de Sécurité (FDS) dans la lutte antiterroriste, sous l’actuel régime militaire du général Abdourahamane Tiani. Malgré les communiqués officiels faisant état d’opérations victorieuses et de « terroristes neutralisés », les zones dites rouges, telles que Tillabéri, Tahoua et Dosso, continuent d’enregistrer des pertes régulières. La persistance des embuscades fluviales met en lumière la capacité d’adaptation des groupes jihadistes, qui exploitent la porosité des frontières et la mobilité offerte par le fleuve Niger. Les familles des militaires tombés au front, les survivants et les habitants des zones les plus exposées expriment une frustration croissante face à un écart entre le discours souverainiste et la réalité d’une insécurité chronique et d’une gestion parfois chaotique des opérations militaires.