9 juin 2026
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Au Cameroun, l’affaire Martinez Zogo a atteint un tournant judiciaire inédit. Les juges du Tribunal militaire de Yaoundé ont décidé de projeter, les 1er et 2 juin, une vidéo inédite dans l’enceinte même du tribunal. Ces images, d’une violence extrême, captent les ultimes moments du journaliste avant son décès. La diffusion de ces séquences a provoqué une onde de choc parmi les proches du défunt et les observateurs présents dans la salle d’audience.

Une projection qui marque les esprits

Le 1er juin, dans le silence pesant du tribunal militaire de Yaoundé, les écrans s’allument. Martinez Zogo apparaît, allongé au sol, son corps meurtri par des traces de violence. Couvert de sang, il tente de s’exprimer malgré l’agonie, implorant une aide qu’il n’obtiendra pas. Les images, insoutenables, forcent le tribunal à suspendre temporairement l’audience.

« L’impact émotionnel est immense. Je ne suis pas le seul à ressentir cette douleur », confie l’avocat Ludovic Sabze, sous le choc après avoir visionné les séquences. Le lendemain, l’atmosphère reste électrique. Les visages sont marqués par les images de la veille, diffusées par le compte Google du maréchal des logis Godje Oumarou Vincent, alors en poste à la Direction générale de la recherche extérieure (DGRE).

Un rapport d’expertise qui éclaire l’enquête

C’est l’expert en cybercriminalité Georges Bell Bitjoka qui a permis de mettre au jour ces éléments décisifs. Témoin clé de l’accusation, il a présenté un rapport technique qui, selon Maître Calvin Job, avocat de la famille Zogo, « redéfinit entièrement la compréhension de cette affaire ».

« Ce document lève le voile sur des mensonges entretenus depuis le début », déclare-t-il. Il salue « la rigueur méthodologique et la précision technique » de l’expert, estimant que « si le tribunal s’appuie sur ce travail, 98 % de l’enquête sera déjà résolue ».

Pourtant, une interrogation persiste : qui a commandité l’enlèvement et les actes de torture subis par Martinez Zogo ? À ce stade, aucun nom n’a été clairement identifié.

Des zones d’ombre qui subsistent

L’expert a révélé une augmentation significative des échanges entre Jean-Pierre Amougou Belinga et Justin Danwe entre le 18 et le 28 janvier — soit entre le lendemain de l’enlèvement et la découverte du corps du journaliste. Il évoque également des rencontres en présentiel, mais certains contenus supprimés restent inaccessibles. « Cela laisse un goût d’inachevé », déplore Paul Chouta.

Georges Bell Bitjoka a précisé que seuls 18 % des données extraites du téléphone de l’homme d’affaires Jean-Pierre Amougou Belinga ont pu être analysés. Ces éléments ne permettent ni d’établir sa culpabilité, ni son innocence. Les avocats de la famille Zogo ont donc demandé une expertise complémentaire pour examiner les données effacées des échanges entre Justin Danwe et Jean-Pierre Amougou Belinga.

Cette requête pourrait lever une partie des incertitudes entourant cette affaire. Le procès a été reporté aux 22 et 23 juin prochains pour permettre ces nouvelles investigations.