13 mai 2026
05f1abd8-a4ea-46e1-88a4-d0ee6fc2d06a

Le Tchad donne un nouveau souffle aux corridors de transit reliant N’Djamena à Douala et Bangui. Un ambitieux programme de modernisation logistique est actuellement en cours pour faciliter les échanges commerciaux entre le Cameroun, le Tchad et la République centrafricaine (RCA). Ces trois pays, fortement dépendants du port autonome de Douala, voient dans ce projet une opportunité majeure pour renforcer leur compétitivité économique, assurer leur sécurité alimentaire et accélérer leur intégration au sein de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC).

Des axes stratégiques pour des économies enclavées

Pour le Tchad et la Centrafrique, le corridor passant par le Cameroun représente une artère vitale. Environ 90 % des importations tchadiennes empruntent cette route historique, Douala étant le principal port en eau profonde de la sous-région. L’axe routier Douala-N’Djamena, long de près de 1 800 kilomètres, est le socle du commerce extérieur des deux pays. Toute perturbation sur cet itinéraire — qu’elle soit due à l’état des routes, aux barrières routières ou aux risques sécuritaires — impacte directement les prix à la consommation dans la capitale tchadienne.

Le corridor Douala-Bangui partage les mêmes défis, aggravés par une décennie d’instabilité dans le nord-est centrafricain. Les professionnels du secteur estiment que les délais d’acheminement peuvent atteindre plusieurs dizaines de jours sur certaines portions, alors que la durée théorique est d’une dizaine de jours seulement. Ces retards pénalisent la compétitivité des marchandises et découragent les investisseurs. Malgré les financements répétés de la Banque mondiale et de la Banque africaine de développement (BAD) pour moderniser des tronçons clés, les problèmes persistent.

Une stratégie diplomatique ambitieuse

En relançant ce projet, les autorités tchadiennes affichent une volonté politique affirmée. Cette initiative s’inscrit dans une démarche de diplomatie économique visant à renforcer la position du Tchad en Afrique centrale. N’Djamena cherche à peser davantage dans les négociations avec Yaoundé sur des sujets cruciaux comme la fluidité du transit, les tarifs portuaires et la sécurisation des convois. Plusieurs rencontres bilatérales ont déjà été organisées pour harmoniser les procédures douanières, réduire le nombre de postes de contrôle et accélérer l’adoption de systèmes électroniques de suivi des marchandises.

La Centrafrique, tout comme le Tchad, dépend fortement du port de Douala. Bangui voit donc d’un bon œil une coordination renforcée entre les trois capitales. Les discussions trilatérales pourraient permettre de mutualiser certains investissements et de présenter un front uni face aux partenaires techniques et financiers. Cependant, la concrétisation de ces engagements se heurte à des contraintes budgétaires majeures, dans un contexte où chaque État dispose de marges de manœuvre limitées.

Les défis à surmonter pour une intégration réussie

Au-delà des déclarations officielles, la modernisation des corridors nécessite des réformes structurelles profondes. Les tracasseries routières, dénoncées depuis des années par les transporteurs, restent un obstacle majeur sur les axes camerounais et tchadien. Les contrôles répétés, les prélèvements informels et les délais aux frontières augmentent significativement le coût du transport et favorisent la corruption. Le projet de poste-frontière juxtaposé entre Kousséri et N’Djamena, évoqué depuis plusieurs années, tarde encore à voir le jour.

La sécurité constitue un autre enjeu critique. La région du Lac Tchad reste exposée aux activités de groupes armés affiliés à Boko Haram, tandis que le nord de la Centrafrique reste instable en raison de la présence de milices armées non étatiques. Sans une stabilisation durable de ces zones, les promesses logistiques resteront fragiles. Par ailleurs, la concurrence du port nigérian de Port-Harcourt et, à plus long terme, du port en eau profonde de Kribi, pourrait modifier la carte des échanges régionaux. Yaoundé mise sur Kribi pour absorber une partie des flux en provenance du Tchad et de la RCA, ce qui pourrait redéfinir les corridors logistiques et imposer une réévaluation des chaînes d’approvisionnement.

Cette initiative tchadienne, bien que nécessaire, s’annonce complexe. Son succès dépendra de la capacité des trois États à concrétiser leurs intentions en projets concrets, soutenus par des bailleurs internationaux et accompagnés de réformes de gouvernance.

Pour aller plus loin

CMA CGM scelle un partenariat logistique de 700 M€ au Kenya · Kassoum Traoré nommé directeur général par intérim du Port d’Abidjan · Le Gabon mobilise 133 milliards de FCFA pour rénover le Transgabonais