1 juillet 2026
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Depuis le 11 juin 2026, le Maroc impose une TVA sur les services numériques fournis par les géants de la tech. Meta, Google, Netflix, Airbnb et autres plateformes doivent désormais déclarer leur chiffre d’affaires local et s’acquitter de cette taxe. Une mesure qui met fin à des années de vide fiscal et d’asymétrie concurrentielle.

Les réseaux sociaux et plateformes numériques ont profondément transformé l’économie mondiale. Au Maroc, avec 23,8 millions d’utilisateurs (63,4 % de la population), le potentiel est énorme. Pourtant, ces entreprises réalisaient jusqu’ici leurs bénéfices sans contribuer au fisc marocain. Les investissements publicitaires sur Facebook, YouTube ou TikTok représentaient une fuite de devises importante. Désormais, la Direction générale des impôts (DGI) a mis en place une plateforme dédiée, accessible via le portail SIMPL, pour collecter la TVA sur ces services.

Selon les chiffres disponibles, plus de 36,5 % du temps passé sur Internet l’est sur les réseaux sociaux. La publicité en ligne génère environ 85 % des revenus de ces plateformes. Au Maroc, le marché du marketing d’influence pèse des millions de dollars. Les entreprises locales, notamment les startups et les médias, étaient désavantagées par rapport aux géants étrangers qui ne payaient pas d’impôt sur le territoire. Cette réforme vise à rétablir l’équité.

Le décret n° 2-25-862, publié en décembre 2025, impose aux fournisseurs étrangers de services numériques de s’enregistrer, de déclarer trimestriellement leur chiffre d’affaires réalisé au Maroc et de tenir un registre détaillé. La DGI a diffusé un guide pour accompagner les opérateurs. L’objectif est double : générer des recettes fiscales estimées entre 500 millions et 1 milliard de dirhams, et surtout protéger l’innovation locale.

Au-delà de l’aspect fiscal, c’est une question de souveraineté économique. Jusqu’ici, chaque dirham dépensé en publicité sur les plateformes étrangères sortait du pays sans retour. En taxant ces transactions, le Maroc se donne les moyens de rapatrier une partie de la valeur ajoutée. Les acteurs locaux, comme les éditeurs de presse ou les startups, pourront mieux rivaliser. Comme le souligne un expert, cette réforme est indispensable pour assainir la compétition et poser les jalons d’une administration fiscale 4.0, capable d’auditer des flux invisibles grâce aux données et à l’interopérabilité avec les banques et les opérateurs télécoms.

Le Maroc rejoint ainsi une trentaine de pays qui ont adopté des mesures similaires, suivant les recommandations de l’OCDE. La numérisation complète de l’économie pourrait, selon la Banque mondiale, augmenter le PIB par habitant de 46 % sur trente ans dans la région MENA. Reste que les géants du numérique ont les moyens de contester ces règles, et que la mise en œuvre technique nécessite des infrastructures solides. Mais le pas est franchi : le Maroc affirme sa volonté de réguler l’économie numérique et de défendre ses intérêts.