Sous un soleil de plomb qui dépasse les 40 degrés Celsius à l’ombre, Tombouctou vit un calvaire quotidien. Depuis plusieurs jours, plus aucun ventilateur ne brasse l’air, les réfrigérateurs sont silencieux et les robinets restent secs. La centrale thermique locale, gérée par Énergie du Mali (EDM-SA), est complètement à l’arrêt faute de carburant. Cette paralysie entraîne dans sa chute la Société malienne de gestion de l’eau potable (Somagep), privant des dizaines de milliers d’habitants d’eau courante et d’électricité.
Un blocus logistique qui étouffe la cité historique
Si Bamako subit des délestages chroniques, Tombouctou souffre d’une double peine : son éloignement géographique et l’insécurité persistante. La pénurie de carburant qui dure depuis plus d’un mois est le résultat direct d’un blocus imposé par les groupes jihadistes du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM).
- Routes coupées : Les camions-citernes qui approvisionnent habituellement la ville sont ciblés, bloqués ou escortés au compte-gouttes par l’armée.
- Prix exorbitants : Le litre de carburant sur le marché noir a explosé, rendant impossible le fonctionnement des générateurs privés et des petits commerces.
Conséquences sanitaires dramatiques
Sans électricité, la chaîne du froid est brisée, menaçant la conservation des denrées périssables et des médicaments. À l’hôpital régional de Tombouctou, la situation frôle la catastrophe humanitaire. Le personnel doit prioriser les urgences vitales sous la lueur des téléphones portables ou de rares installations solaires de secours, insuffisantes pour couvrir tout l’établissement.
Un sentiment d’abandon généralisé
Les autorités locales ont annoncé des distributions d’eau potable par camions-citernes pour pallier le manque, mais ces mesures d’urgence ne cachent pas le ressentiment des habitants. Ces derniers se sentent délaissés par l’État, qui promet depuis longtemps la sécurisation des axes stratégiques et une autonomie énergétique sans résultats concrets. En misant uniquement sur une approche militaire, sans garantir la continuité des services de base, le gouvernement laisse EDM-SA et Somagep impuissantes face aux coupures.
Tombouctou ne peut survivre indéfiniment sous perfusion de générateurs vides. La reconquête des services publics est aussi cruciale que la reconquête militaire pour prouver que la transition malienne peut administrer l’ensemble du territoire. Tant que les routes resteront fermées et que les citernes ne pourront circuler en sécurité, la perle du désert continuera de s’éteindre, quartier après quartier.