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Solaire au Bénin : comment 62 mwc de nouvelles centrales vont-ils rebattre les cartes économiques ?

Un virage énergétique aux conséquences tangibles pour les ménages et les entreprises

Avec la construction de quatre centrales solaires totalisant 62 mégawatts-crête (MWc) à Natitingou, Djougou, Parakou et Bohicon, le Bénin franchit une étape décisive dans sa quête d’autonomie énergétique. Ce projet, financé à hauteur de 45 millions d’euros, promet des retombées immédiates : une production supplémentaire de 110 gigawattheures (GWh) par an, soit une hausse de 17 % de l’électricité nationale. Pour les citoyens, cela signifie des coupures moins fréquentes, un coût de l’énergie mieux maîtrisé et des opportunités accrues pour les artisans, commerçants et agriculteurs. Les industriels, quant à eux, y voient un levier pour réduire leurs dépenses énergétiques et booster leur compétitivité.

Quatre villes, quatre leviers pour une production décentralisée

La répartition géographique des nouvelles centrales répond à une logique précise : désengorger le réseau national en rapprochant la production des zones de consommation. À Natitingou, Djougou, Parakou et Bohicon, les installations solaires injecteront directement leur électricité dans le réseau, renforçant ainsi la résilience du système. Avec une capacité de 50 mégawatts en courant alternatif (MW AC) et 62 MWc en puissance photovoltaïque, ces sites illustrent la sophistication technologique du projet.

  • Natitingou : une centrale pour soutenir le tissu économique local et les activités minières.

  • Djougou : un apport d’énergie pour les PME et les services publics.

  • Parakou : un atout pour les zones industrielles en expansion.

  • Bohicon : une solution pour les agriculteurs et les unités de transformation.

Ensemble, ces infrastructures permettront d’électrifier près de 383 000 personnes supplémentaires et d’éviter l’émission de 62 000 tonnes de CO₂ chaque année.

Un financement international pour sécuriser l’avenir énergétique

Le montage financier du projet repose sur un partenariat inédit entre le gouvernement béninois, la CDC-Bénin, AXIAN Energy, la Société financière internationale (IFC) et Proparco. Ces acteurs mobilisent 30 millions d’euros, dont une partie provient du Fonds pour les technologies propres, dédié aux énergies renouvelables. Le modèle retenu, inspiré des producteurs indépendants d’électricité (IPP), permet de concilier efficacité économique et contrôle public.

L’État béninois reste ainsi propriétaire des infrastructures tout en s’appuyant sur l’expertise privée pour leur exploitation. L’électricité produite sera vendue à la Société béninoise de production d’électricité (SBPE) via des contrats d’achat, garantissant une intégration fluide au réseau national.

Réduire la dépendance aux importations : un enjeu économique et stratégique

Depuis des années, le Bénin dépend des importations d’électricité pour combler ses besoins, une situation qui le rend vulnérable aux fluctuations des marchés régionaux. Les nouvelles centrales solaires, en augmentant la production locale, réduiront cette dépendance de manière progressive. À terme, le pays espère limiter ses dépenses liées aux achats d’énergie à l’étranger et gagner en autonomie, un atout pour attirer de nouveaux investisseurs.

Cependant, cette transition ne sera complète que si le réseau de transport et de distribution suit la même modernisation. Sans amélioration des infrastructures, les gains de production pourraient être partiellement perdus dans des pertes techniques ou des inefficacités.

Un projet né dans l’adversité et concrétisé par la persévérance

Lancé en 2019, le projet IPP50 a connu son lot de défis : retards liés à la pandémie de Covid-19, inflation des coûts et changement de partenaires initiaux. Pourtant, les autorités béninoises, soutenues par des institutions financières internationales, ont su adapter leur stratégie pour aboutir à la signature des accords de financement. Ce parcours illustre une volonté politique forte de transformer les obstacles en opportunités.

Un pas de plus vers les objectifs énergétiques nationaux

Le projet s’inscrit dans le Pacte national de l’énergie, qui vise à porter le taux d’électrification à 70 % d’ici 2030, avec 30 % d’énergies renouvelables dans le mix électrique. Avec 62 MWc de solaire supplémentaire, le Bénin se rapproche de ces ambitions, tout en renforçant son parc thermique et en développant des infrastructures complémentaires.

La mise en service des centrales, prévue pour 2028, marquera un tournant. Mais le vrai défi résidera dans l’exploitation optimale de ces nouvelles capacités, afin que chaque kilowatt-heure produit profite pleinement à l’économie et aux citoyens.

Le solaire, un choix environnemental et économique

En remplaçant une partie de l’électricité importée souvent produite à partir de combustibles fossiles par une énergie propre, le Bénin réduit son empreinte carbone. Les 110 GWh annuels de solaire évitent l’émission de 62 000 tonnes de CO₂, un gain environnemental précieux dans un contexte de crise climatique. Par ailleurs, cette transition ouvre la voie à de nouveaux modèles économiques, comme les communautés énergétiques locales ou les partenariats public-privé.

Et après 2028 ? Les prochaines étapes d’une transition énergétique

Au-delà du projet IPP50, le Bénin devra poursuivre sa diversification énergétique en investissant dans le stockage, l’hydraulique et l’efficacité énergétique. La formation des techniciens locaux, l’amélioration des réseaux et l’innovation seront essentielles pour pérenniser cette dynamique.

Avec 45 millions d’euros mobilisés et des retombées attendues sur des milliers de ménages et d’entreprises, le Bénin écrit une nouvelle page de son histoire énergétique. Reste à transformer ces promesses en réalité, pour que chaque ménage, chaque atelier et chaque usine puisse en bénéficier pleinement.

Par Bintou Koné — Journaliste