À Mandjafa, en périphérie de N’Djamena, les familles nomades du Tchad bénéficient désormais de soins intégrés grâce à une initiative innovante. Afia, mère de cinq enfants, fait partie des bénéficiaires. Avec sa fille Fatma, âgée de seulement quatre mois, elle a parcouru plusieurs kilomètres pour accéder à des services essentiels. « Ces vaccins protègent mes enfants contre les maladies. Dès qu’ils tombent malades, je les emmène sans attendre au centre de santé », partage-t-elle avec conviction.
Un défi sanitaire amplifié par la mobilité des populations
Les communautés nomades, qui représentent environ 3,5 % de la population tchadienne, vivent principalement de l’élevage. Leur mode de vie, marqué par des déplacements constants à la recherche de pâturages, rend l’accès aux structures médicales traditionnel difficile. Les campagnes de vaccination classiques peinent souvent à les atteindre, laissant des familles entières vulnérables face aux épidémies.
L’approche « Une seule santé » : une solution sur mesure
Pour remédier à cette situation, le gouvernement tchadien a adopté l’approche One Health, une stratégie intersectorielle associant santé humaine, animale, environnement et agriculture. Lors d’une récente campagne à Mandjafa, cette méthode a permis de vacciner 11 enfants, 96 animaux et de distribuer des moustiquaires imprégnées, de la vitamine A et des traitements antiparasitaires à 134 bénéficiaires. Une avancée majeure pour des familles souvent oubliées des systèmes de santé classiques.
Le Pr Mahamat Béchir, coordonnateur national de la plateforme One Health, explique : « Les études menées au début des années 2000 ont révélé que l’accès à la vaccination était extrêmement limité chez les nomades. Nous avons dû repenser nos interventions pour les adapter à leur réalité. »
Des bénéfices multiples pour les familles et les troupeaux
Youssouf Idriss, éleveur installé près du campement, témoigne de l’impact de cette approche : « Mes animaux sont notre principale source de revenus et de nourriture. Leur santé est cruciale pour notre survie. » Les campagnes conjointes, combinant soins humains et vétérinaires, permettent d’atteindre un public plus large tout en réduisant les déplacements des familles.
Raphaël Neni, agent vétérinaire au ministère de l’Élevage, observe des résultats concrets : « Depuis que nous renforçons la vaccination animale, certaines maladies ont significativement reculé. Les éleveurs constatent eux-mêmes les améliorations. » Au-delà des troupeaux, ces interventions limitent les risques de zoonoses, renforçant la sécurité sanitaire globale.
Une coordination nationale renforcée
La plateforme One Health au Tchad coordonne désormais les actions des secteurs de la santé, de l’élevage, de l’environnement et de l’agriculture. « Les défis sanitaires modernes, comme les maladies animales transmissibles à l’homme ou les changements climatiques, exigent une collaboration étroite entre tous les acteurs », souligne le Pr Béchir.
L’Organisation mondiale de la Santé soutient cette initiative depuis plusieurs années, en appuyant la plateforme nationale, les évaluations sanitaires et le renforcement des capacités locales. Le Dr Tamadji Mbaïhol, expert en vaccination à l’OMS Tchad, confirme : « Les populations nomades sont très réceptives aux services adaptés à leur mode de vie. Le véritable enjeu est de les joindre là où elles se trouvent. »
Cette synergie entre ministères et partenaires techniques a permis de consolider une réponse unifiée aux besoins sanitaires des communautés pastorales. « Grâce à cette approche, nous progressons ensemble sur des priorités communes en santé publique », ajoute le Pr Béchir.
Alors qu’Afia prépare son retour vers son campement avec sa fille, elle partage un conseil simple mais précieux : « Il est vital d’emmener rapidement un enfant malade au centre de santé. Cela sauve des vies. » À Mandjafa, l’approche One Health démontre qu’adapter les services aux réalités locales est la clé pour protéger les populations les plus vulnérables.