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Rupture politique au Mali : comment l’électricité résiste aux tensions avec la CEDEAO et transforme les territoires

Malgré la sortie officielle du Mali de la CEDEAO, un ambitieux projet d’électrification régional poursuit ses avancées, offrant un accès inédit à l’énergie pour des centaines de milliers de Maliens. Une situation paradoxale qui révèle l’autonomie des enjeux socio-économiques face aux crises diplomatiques.

L’accès à l’électricité au Mali, un levier de développement stubborn face aux tensions régionales

Depuis son indépendance, le Mali fait face à un défi majeur : garantir un approvisionnement électrique stable et accessible, surtout dans les zones rurales. En 2019, le projet régional d’accès à l’électricité de la CEDEAO (ECOWAS-REAP) a été lancé, avec pour ambition de raccorder des localités maliennes laissées pour compte. Trois ans plus tard, le projet affiche des résultats concrets : 490 localités connectées et près de 500 000 personnes bénéficiaires d’un accès neuf ou amélioré à l’électricité.

Financé à hauteur de 225 millions de dollars par la Banque mondiale, ce programme coordonné par la CEDEAO illustre une réalité méconnue : même en période de rupture politique, certains projets de développement continuent de porter leurs fruits. Une preuve que l’électrification dépasse les clivages institutionnels pour répondre à un besoin vital.

Des infrastructures qui survivent au-delà des alliances politiques

Le retrait du Mali de la CEDEAO en 2023 aurait pu sonner le glas de sa participation à ce projet. Pourtant, les autorités maliennes maintiennent leur collaboration technique, tandis que la coordination régionale se poursuit. Les représentants du ministère malien de l’Énergie et d’Énergie du Mali (EDM-SA) participent activement aux réunions de suivi, comme celle tenue à Abuja, au Nigeria, où les acteurs ont évalué les avancées et planifié la pérennisation des installations.

Cette implication persistante ne signifie pas un retour en grâce diplomatique. Elle témoigne plutôt d’une volonté de capitaliser sur les infrastructures déjà engagées, malgré les tensions. Les 225 millions de dollars alloués par la Banque mondiale couvrent l’ensemble du projet, tandis que la CEDEAO n’en assure que la coordination. Une répartition claire des rôles qui permet au Mali de continuer à en tirer profit, indépendamment de son statut au sein de l’organisation.

Pourquoi l’électricité reste-t-elle une priorité absolue pour Bamako ?

Dans un pays confronté à des défis économiques et sécuritaires persistants, l’accès à l’électricité représente bien plus qu’un confort : c’est un moteur de croissance. Les retombées sont multiples :

  • développement économique local : les entreprises artisanales et agricoles gagnent en productivité grâce à un approvisionnement fiable ;
  • amélioration des services publics : les hôpitaux et écoles peuvent fonctionner correctement, même dans les zones reculées ;
  • sécurité alimentaire : les systèmes de stockage et de transformation des denrées deviennent plus efficaces ;
  • dynamisation des zones rurales : l’électrification encourage l’installation de nouvelles activités et freine l’exode rural.

Le directeur national de l’Énergie du Mali, Oussouby Mary dit Ousmane Diarra, a insisté sur ces bénéfices lors des dernières évaluations. Il a également plaidé pour une extension du projet d’au moins 30 mois, évoquant des retards liés à des contraintes sécuritaires et contractuelles. Une demande qui rappelle que les besoins des populations transcendent les aléas politiques.

Un modèle de coopération technique malgré les fractures politiques

La persistance de ce projet interroge : peut-on dissocier les enjeux stratégiques des tensions diplomatiques ? Visiblement, oui. Les infrastructures réalisées, les engagements financiers engagés et les attentes des populations forment un socle suffisant pour maintenir une coopération technique, même en l’absence de relations politiques apaisées.

Pour la CEDEAO, l’enjeu est désormais de s’assurer que les infrastructures durent, qu’elles soient gérées de manière autonome par des acteurs locaux comme EDM-SA, et qu’elles bénéficient à un maximum de citoyens. Pour le Mali, l’objectif est clair : poursuivre l’électrification, quels que soient les bouleversements institutionnels.

Cette situation pose une question plus large sur l’avenir de la coopération ouest-africaine : les projets de développement peuvent-ils incarner une force de résilience face aux crises politiques ? L’exemple malien semble le confirmer : lorsque des vies sont en jeu, les frontières institutionnelles s’effritent.

Quelles perspectives pour l’électrification au Mali ?

Malgré les avancées significatives, des défis subsistent. Parmi eux :

  • la pérennité des financements : la Banque mondiale doit valider une extension du projet, sous peine de voir certaines localités replonger dans l’obscurité ;
  • la gestion locale des infrastructures : former les techniciens maliens à l’entretien des réseaux est crucial pour éviter une dépendance externe ;
  • l’extension géographique : de nombreuses zones restent non desservies et attendent une connexion rapide ;
  • la sécurisation des chantiers : les attaques récurrentes dans certaines régions retardent les travaux et augmentent les coûts.

Les responsables maliennes et la CEDEAO ont désormais la responsabilité commune de transformer ce projet pilote en un modèle durable. L’enjeu n’est plus seulement technique, mais politique : démontrer que l’électrification peut être un espace de coopération, même dans un contexte de tensions régionales.

Une chose est sûre : tant que des familles maliennes continueront de dépendre de générateurs polluants ou de lanternes à pétrole, l’accès à une électricité stable restera une priorité. Et dans cette quête, les alliances politiques ne pèsent pas aussi lourd que les kilowattheures.