À quelques semaines de ses 50 ans, Romuald Wadagni entame officiellement un mandat présidentiel de sept ans, renouvelable, dans une ambiance sobre et sans faste. Après sa proclamation par la Cour constitutionnelle, il a prêté serment dimanche matin au palais présidentiel de Cotonou, en présence des seuls responsables institutionnels locaux, une tradition observée lors des dernières investitures au Bénin.
Une élection sans suspense et un défi sécuritaire immédiat
Son accès à la magistrature suprême s’est joué sans véritable opposition. En avril dernier, seul Paul Hounkpè, figure mineure de la scène politique, s’est présenté face à lui. Son parti, les Forces cauris pour un Bénin émergent (FCBE), a depuis rejoint les rangs de la majorité présidentielle. Le principal parti d’opposition, les Démocrates, n’a même pas pu participer au scrutin, faute de parrainages suffisants, et traverse une crise interne profonde.
Dès son discours d’investiture, Romuald Wadagni a souligné l’urgence de traduire la croissance économique en bien-être pour les citoyens. «Une prospérité nationale n’a de valeur que si elle se ressent au quotidien», a-t-il affirmé. Il a également lancé un message d’espoir aux jeunes béninois : «Le Bénin place sa confiance dans votre talent et votre détermination à réussir ici, dans votre propre pays.»
Sur le front de la sécurité, le nouveau président hérite d’une situation préoccupante. Le nord du Bénin, frontalier avec le Burkina Faso et le Niger, est régulièrement secoué par des attaques de groupes jihadistes qui recrutent localement. «Le Bénin ne cédera ni à la peur ni au relâchement. L’État agira avec fermeté face à toute menace pesant sur notre unité et notre sécurité», a-t-il déclaré, appelant à une coopération renforcée avec les pays voisins.
Diplomatie : apaiser les tensions régionales
Romuald Wadagni, connu pour son francophilie, devra aussi naviguer dans un contexte diplomatique complexe. Plusieurs pays sahéliens, dont le Niger, gouvernés par des juntes souverainistes, accusent régulièrement le Bénin de vouloir les déstabiliser. Pourtant, la cérémonie d’investiture a marqué un premier pas vers un rapprochement : le Premier ministre nigérien Ali Mahaman Lamine Zeine était présent, accueilli par des applaudissements nourris. Les ministres des Affaires étrangères du Burkina Faso et du Mali figuraient également parmi les invités.
Les observateurs soulignent que les premières mesures du président en matière de libertés publiques seront scrutées avec attention. Son prédécesseur, Patrice Talon, a été critiqué pour une dérive autoritaire, notamment l’emprisonnement d’opposants et de journalistes. L’ONG Reporters sans frontières a d’ailleurs appelé Romuald Wadagni à faire de la liberté de la presse une priorité de son quinquennat.
Un parcours marqué par l’expertise économique et la discrétion
Issu d’une famille intellectuelle – son père, Nestor Wadagni, était un économiste renommé, et sa mère, une entrepreneure –, Romuald Wadagni est né le 20 juin 1976 à Lokossa, dans le sud-ouest du pays, près de la frontière togolaise. Malgré une carrière internationale, il reste attaché à ses racines : il possède une exploitation agricole qu’il gère encore aujourd’hui.
Formé en finance à l’École supérieure de commerce de Grenoble (France) puis à Harvard (États-Unis), il a intégré le cabinet Deloitte, où il est devenu associé, spécialisé dans les opérations africaines. En 2016, Patrice Talon, fraîchement élu, lui confie le ministère de l’Économie et des Finances. Sous sa direction, le Bénin réduit son déficit public à 3 % du PIB, lance des infrastructures majeures et modernise son économie. En 2021, Talon le maintient à son poste, cette fois en tant que ministre d’État.
Une continuité assumée, mais des défis persistants
Les analystes s’accordent sur un point : Romuald Wadagni «va poursuivre la dynamique engagée », selon les mots de Franck Kinninvo, politologue. Avec une croissance moyenne dépassant les 6 % sur dix ans, le Bénin est devenu une destination prisée des investisseurs. Pourtant, le nouveau président ne pourra se contenter de gérer l’héritage économique. La menace jihadiste dans le nord et les tensions diplomatiques régionales exigent une réponse à la fois ferme et nuancée.
Son entourage insiste sur son profil rassembleur : il a obtenu le soutien des deux principaux partis de la majorité et même celui de certains opposants. «C’est un leader qui préfère l’action au discours», confie un proche. Lucien Fayomi, militant qui le soutient, ajoute : «Certains lui reprochent sa discrétion, mais c’est précisément ce qui fait sa force dans un contexte où l’efficacité prime sur les promesses.»
Alors que le Bénin entre dans une période de six ans sans élection, grâce à une réforme constitutionnelle ayant aligné tous les scrutins, Romuald Wadagni incarne une nouvelle génération de dirigeants : pragmatique, discrète, et déterminée à concrétiser le progrès pour tous.