28 avril 2026
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L’Initiative mondiale contre l’impunité (GIAI), regroupant des organisations comme la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), la Coalition for the International Criminal Court (CCPI), Redress, Trial International et les Women’s Initiatives for Gender Justice (WIGJ), dénonce avec fermeté l’annonce du retrait du Burkina Faso, du Mali et du Niger du Statut de Rome de la Cour pénale internationale (CPI). Cette décision, perçue comme un recul historique, menace des années de lutte contre l’impunité et fragilise l’engagement africain en faveur de la justice internationale.

Un retrait annoncé mais pas encore effectif

Le 22 septembre 2025, les trois pays membres de l’Alliance des États du Sahel (AES) ont déclaré leur retrait « avec effet immédiat » de la CPI. Toutefois, selon l’article 127 du Statut de Rome, une notification écrite au Secrétaire général des Nations unies est nécessaire pour activer ce retrait, qui n’intervient qu’un an après cette démarche. En attendant, ces États restent soumis à leurs obligations, y compris la coopération avec la Cour. Ce retrait ne remet pas en cause les procédures en cours concernant des crimes commis avant son entrée en vigueur.

Plusieurs affaires liées au Mali sont actuellement examinées par la CPI, comme celle d’Al Mahdi, condamné en 2016 pour la destruction de monuments historiques à Tombouctou. Le processus de réparations est en phase finale. Une autre affaire, celle d’Al Hassan, jugé pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité, devrait aboutir prochainement. Par ailleurs, un mandat d’arrêt est toujours en vigueur contre Iyad Ag Ghaly, chef présumé du mouvement djihadiste Ansar Dine.

Un pas en arrière pour les victimes des crimes les plus graves

Les États africains ont joué un rôle clé dans la création de la CPI en 1998, en ratifiant massivement le Statut de Rome et en sollicitant parfois l’intervention de la Cour. Cette implication a offert aux victimes un espoir de justice lorsque les systèmes judiciaires nationaux échouaient. Cependant, ce retrait marque une rupture avec cet héritage, laissant les populations sans recours face aux violations des droits humains.

Cette décision s’inscrit dans un contexte plus large de retrait des institutions régionales. En janvier 2025, le Burkina Faso, le Mali et le Niger ont également quitté la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), institution pourtant engagée en faveur des droits humains. Ces retraits successifs affaiblissent les mécanismes de protection et accentuent l’isolement de ces pays, confrontés à des crises multidimensionnelles et à des violences terroristes croissantes.

« Le retrait de la CPI prive les victimes d’un recours essentiel pour obtenir justice. Après leur départ de la CEDEAO, la perte de la protection de la Cour laisse les populations du Burkina Faso, du Mali et du Niger sans défense face aux crimes les plus graves qu’elles subissent encore », déclare Drissa Traoré, Secrétaire général de la FIDH. « Dans ces États en proie à des crises profondes, les juridictions nationales ne disposent ni de la volonté politique ni des moyens nécessaires pour enquêter sur les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité. »

Un affaiblissement de la justice internationale

Le retrait des trois pays du Sahel survient alors que la CPI fait face à des pressions accrues. En 2025, la Hongrie a également annoncé son intention de quitter le Statut de Rome, une décision critiquée pour son impact négatif sur la lutte contre l’impunité. Malgré les critiques passées sur la sélectivité des enquêtes, la CPI a élargi son champ d’action au-delà de l’Afrique, avec des enquêtes en Afghanistan, Bangladesh/Myanmar, Palestine, Ukraine, Venezuela, Libye et Philippines. Les récentes arrestations, comme celle de l’ancien président Rodrigo Duterte, illustrent la portée universelle de la Cour, mais aussi sa vulnérabilité face aux attaques politiques.

« Les États parties doivent montrer leur détermination à soutenir la CPI, la lutte contre l’impunité et les droits des victimes dans le monde entier », souligne Alix Vuillemain, directrice exécutive des Women’s Initiatives for Gender Justice. « Face aux attaques contre la Cour, les États doivent renforcer leur engagement, et non se replier. S’éloigner maintenant ne fait qu’aggraver l’impunité. »

Le rôle crucial des États pour préserver les normes internationales

La CPI ne remplace pas les mécanismes nationaux de justice, mais elle les complète. Elle incarne des principes fondamentaux : l’absence d’immunité pour les dirigeants, la complémentarité avec les tribunaux locaux et le droit des victimes à participer aux procédures. Le retrait du Statut de Rome risque d’affaiblir ces protections et de compromettre des décennies de progrès dans l’établissement de normes mondiales contre l’impunité.

La GIAI appelle tous les États parties à réaffirmer leur engagement envers le Statut de Rome. À l’heure où les violences s’intensifient en Afrique et ailleurs, il est vital de préserver la CPI comme ultime recours pour les victimes.

  • Initiative mondiale contre l’impunité (GIAI) : consortium de huit ONG internationales et de la Coalition pour la CPI, soutenu par l’Union européenne.
  • Objectif : promouvoir une approche intégrée et inclusive de la justice pour lutter contre l’impunité.