15 juillet 2026
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Retour de Macky Sall au Sénégal : entre nostalgie politique et fractures sociales

L’ancien président sénégalais, battu aux élections de 2024, effectue ce vendredi un retour remarqué sur la scène politique nationale. Une visite qui ravive les tensions et interroge sur l’avenir du pays.

Un atterrissage prévu à l’aéroport militaire de Yoff, une rencontre officielle avec le président Bassirou Diomaye Faye en personne : le retour de Macky Sall au Sénégal s’annonce comme un événement politique majeur. Deux ans après sa défaite électorale, l’ancien chef de l’État foule à nouveau le sol sénégalais, suscitant des réactions contrastées.

Un passé qui ne passe pas

Les tensions remontent à la surface. En 2024, alors que Bassirou Diomaye Faye était encore incarcéré, des centaines de militants du Pastef, son parti, subissaient le même sort. Parmi eux, Aly Coly, qui avait vu sa famille entière détenue pendant des mois pour avoir porté un simple bracelet aux couleurs du mouvement. « Ils ont enfermé ma femme et mon bébé de trois mois. Aujourd’hui, apprendre que le président les accueille est insupportable », témoigne-t-il, amer. Soixante-cinq morts lors des manifestations entre 2021 et 2024, aucune enquête ouverte : les blessures sont loin d’être refermées.

Pour beaucoup, ce retour symbolise l’éternel recommencement d’un système politique contesté. « On nous demande d’oublier six années de répression et 65 vies brisées. Comment peut-on accepter cela ? », s’indigne Aly Coly. Les promesses de justice de Bassirou Diomaye Faye, portées par son mentor Ousmane Sonko, semblent aujourd’hui lointaines pour une partie de la population.

L’ONU en toile de fond

Derrière cette visite se cache une ambition internationale : Macky Sall a confirmé que sa venue était liée à sa candidature au poste de secrétaire général de l’Organisation des Nations unies. Une candidature défendue devant l’assemblée générale le 22 avril dernier, avec pour slogan le multilatéralisme et l’impartialité. Pourtant, jusqu’ici, le soutien de son pays et de l’Union africaine lui fait défaut. Une rencontre avec Bassirou Diomaye Faye pourrait-elle changer la donne ?

Pour les détracteurs de l’ancien président, cette ambition est une provocation. « Comment imaginer quelqu’un responsable de 65 morts diriger une institution comme l’ONU ? La défense des droits humains n’est pas un slogan », s’insurge Aly Coly. D’autres y voient en revanche une opportunité pour le Sénégal. Maurice Soundieck Dione, politologue à l’université Gaston Berger, souligne : « Une telle nomination renforcerait l’image du pays, attirant investisseurs et capitaux étrangers ».

Un président entre deux feux

Pour Bassirou Diomaye Faye, cette rencontre est un pari risqué. Depuis plusieurs mois, les tensions avec son ancien mentor Ousmane Sonko, président de l’Assemblée nationale, s’aggravent. Sonko, figure charismatique du Pastef, pourrait saboter les projets du président en place. « S’allier avec Macky Sall pourrait permettre à Diomaye de sécuriser des appuis politiques, mais cela fragilisera son image auprès de ses partisans », analyse Maurice Soundieck Dione.

Élu sur une promesse de rupture avec l’ancien système, Bassirou Diomaye Faye est aujourd’hui accusé de réintégrer des figures de l’ère Sall au sein de l’État. Plusieurs nominations polémiques ont alimenté les critiques : « Trahir Sonko, c’est trahir ses racines. Au Sénégal, c’est culturellement inacceptable », rappelle le politologue. La rencontre de vendredi sera donc scrutée à la loupe : sera-t-elle un aveu de faiblesse ou un coup de maître stratégique ?