15 juillet 2026
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Depuis quelques années, la Russie et les gouvernements membres de l’Alliance des États du Sahel (AES) ont érigé la dénonciation de leurs détracteurs en pilier de leur communication institutionnelle. Que ce soit à l’encontre des puissances occidentales, des médias internationaux, des organisations continentales ou de leurs détracteurs internes, les accusations fusent sans relâche. Pourtant, un schéma récurrent émerge : dès lors qu’ils sont eux-mêmes critiqués, ces mêmes acteurs abandonnent instantanément leur posture accusatrice pour adopter celle de victimes.

Une tactique de communication devenue systématique

À la moindre contestation de leurs orientations politiques ou décisions stratégiques, les dirigeants concernés réagissent invariablement en évoquant un prétendu complot, une campagne de désinformation ou une interférence étrangère. Toute critique, aussi légitime soit-elle, est immédiatement interprétée comme une manœuvre concertée visant à saper leur légitimité ou à contrarier leur quête d’autonomie nationale.

Les bénéfices politiques d’une posture victimisante

Cette stratégie présente un avantage immédiat pour les gouvernants : elle leur permet d’esquiver les véritables enjeux qui préoccupent leurs concitoyens. Les crises économiques, l’insécurité endémique, les restrictions des libertés individuelles ou les résultats mitigés des politiques publiques sont ainsi relégués au second plan. Le débat public se trouve alors polarisé autour d’un discours émotionnel, conçu davantage pour rallier les soutiens que pour apporter des solutions tangibles.

L’exemple édifiant de l’AES

Au sein de l’Alliance des États du Sahel, les autorités n’hésitent pas à attribuer leurs difficultés aux sanctions internationales, aux anciennes puissances coloniales ou à des acteurs géopolitiques étrangers. Pourtant, lorsque des citoyens, des professionnels des médias ou des associations de défense des droits humains soulèvent des questions légitimes sur la gestion interne des affaires publiques, ces critiques sont rarement examinées en profondeur. Elles sont systématiquement rejetées comme étant le fruit d’une opération de déstabilisation ourdie depuis l’extérieur.

La Russie et son double discours international

La Russie, quant à elle, applique une stratégie similaire sur la scène mondiale. Face aux remises en cause concernant sa politique étrangère, ses interventions militaires ou ses violations des droits fondamentaux, le Kremlin invoque systématiquement la théorie d’une hostilité permanente de l’Occident. Cette rhétorique permet non seulement de détourner l’attention des problèmes soulevés, mais également de transformer toute opposition en une preuve supplémentaire de cette prétendue persécution.

Les limites d’une rhétorique à long terme

Si cette approche peut offrir des gains politiques immédiats, elle comporte des risques structurels. Une gouvernance efficace repose en effet sur la capacité à accepter le débat contradictoire, à répondre aux critiques par des arguments rationnels et à rendre des comptes à la population. En systématisant l’idée que toute contestation relève d’un complot, les dirigeants risquent d’éroder la confiance dans les institutions et de fragiliser le débat démocratique.

Accuser les autres : une facilité, assumer ses responsabilités : un défi

Dénoncer ses adversaires est une tâche aisée. En revanche, reconnaître ses propres erreurs et s’engager dans une démarche de transparence exige une maturité politique bien plus grande. En privilégiant systématiquement le discours victimisant, la Russie et plusieurs chefs d’État de l’AES donnent parfois l’impression de fuir les discussions de fond. Une critique, même acerbe, ne constitue pas automatiquement une conspiration. Dans une société fonctionnelle, elle peut au contraire représenter une opportunité d’améliorer les politiques publiques, de rectifier les erreurs et de renforcer le lien de confiance entre les gouvernants et les gouvernés.

La souveraineté ne se décrète pas, elle se construit

La souveraineté ne se mesure pas uniquement à la capacité de stigmatiser des ennemis réels ou imaginaires. Elle se forge aussi à travers la transparence, la responsabilité et l’acceptation du débat contradictoire. Sans ces fondements, le récit de la victimisation perpétuelle perd de sa crédibilité et se transforme en un simple outil de communication, incapable de répondre aux défis réels auxquels ces États doivent faire face.