6 août 2026
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Vingt-deux ans après l’adoption de sa première loi sur la Défense nationale, le Mali franchit une étape majeure avec une refonte complète de son architecture sécuritaire. Le projet, désormais validé par le Conseil national de Transition, élargit considérablement le champ d’action de la sécurité intérieure, intègre la cyberdéfense et modernise la gestion globale des crises.

Portée par les 125 membres votants du CNT, cette réforme vise à remplacer la loi n°04-051 de 2004, jugée obsolète face aux défis sécuritaires actuels. Lors de sa présentation, le Général Daoud Aly Mohammedine, ministre de la Sécurité et de la Protection civile, a souligné l’urgence d’adapter le cadre légal aux réalités d’un environnement en mutation constante. Il a également mis en avant la concertation avec l’ensemble des acteurs sécuritaires, garantissant une approche collective et inclusive.

Le texte de 2004, bien que centré sur la défense militaire, couvrait déjà la sécurité intérieure, la défense civile et la participation active des collectivités locales. Le Chef d’État-major général des Armées coordonnait alors les opérations militaires, tout en exerçant une autorité opérationnelle sur certaines forces de sécurité en cas de crise majeure.

Une sécurité nationale repensée face aux menaces contemporaines

Cette réforme ne crée pas de nouvelles responsabilités, mais les clarifie, les harmonise et les renforce. La sécurité intérieure et la cyberdéfense deviennent des piliers explicites de la stratégie nationale, tandis que les instances de coordination sont redéfinies pour une efficacité accrue.

Le Conseil de sécurité nationale et le Comité de défense nationale remplacent l’ancien Conseil supérieur de défense et le Comité de défense, plaçant le Chef de l’État au cœur du processus décisionnel. L’unicité du Commandement opérationnel est désormais assurée par le Chef d’État-major général des Armées, dans le cadre de la défense opérationnelle du territoire. Cette structure permet une réaction plus rapide en cas d’attaques multiples, de crises majeures ou de menaces transfrontalières, sans pour autant soumettre en permanence les forces de sécurité à un commandement militaire.

Depuis 2022, la Police nationale et la Protection civile ont été militarisées, facilitant leur intégration dans un dispositif plus cohérent, tout en conservant leurs missions traditionnelles de sécurité publique et d’assistance aux populations.

Renforcer les acteurs locaux et intégrer les nouvelles technologies

Le Général Daoud Aly Mohammedine a exposé trois priorités : l’amélioration de l’Administration territoriale, l’implication des autorités traditionnelles dans la lutte antiterroriste et le renforcement des effectifs et des équipements. Le ministère de l’Administration territoriale et de la Décentralisation voit son rôle s’élargir, notamment dans la défense civile, la coordination des services déconcentrés et la mobilisation des collectivités. L’objectif ? Permettre une remontée fluide des alertes depuis les communes, sans transformer les citoyens en simples auxiliaires des forces de l’ordre.

Parallèlement, la réforme intègre une dimension cyberstratégique. En juin dernier, le gouvernement a officialisé la création de l’Agence nationale de la Sécurité des Systèmes d’Information, conformément à la Stratégie nationale de cybersécurité 2026-2030. Cette agence, l’ANSSI, aura pour mission de coordonner la réponse aux cyberattaques et de protéger les infrastructures critiques. La cyberdéfense devient ainsi un axe central de la protection de l’État, tandis que la cybersécurité élargit son champ à l’ensemble des administrations et réseaux nationaux.

Un test grandeur nature : l’intégration des ex-combattants

Le 4 août dernier, 254 recrues issues de divers groupes armés ont prêté serment à Soufouroulaye, marquant leur intégration au sein des Forces armées maliennes. Ce programme, prévu pour accueillir 2 000 ex-combattants et réinsérer 1 000 autres, illustre la volonté de consolider la paix par une approche inclusive. Bien que cette opération ne découle pas directement de la réforme en cours, elle impose une coordination renforcée entre la Défense, la Sécurité, les autorités locales et les acteurs de la Réconciliation.

La réussite de cette nouvelle architecture dépendra avant tout de sa mise en œuvre opérationnelle. Les textes d’application, le partage des renseignements, les ressources des collectivités locales, les compétences en cyberdéfense, le suivi des intégrés et la clarté des responsabilités seront déterminants. Cette réforme trace une ligne directrice : son efficacité se mesurera à la rapidité des décisions, à la cohérence des actions sur le terrain et à la confiance mutuelle entre les institutions, les forces de sécurité et les populations.