7 septembre 2026
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La décision gouvernementale de supprimer l’avancement automatique à l’ancienneté dans la fonction publique gabonaise marque un tournant décisif. En abandonnant ce système hérité du passé, l’État souhaite rompre avec une logique perçue comme inefficace. Pourtant, cette initiative, au cœur de vifs débats, oppose désormais exigences de performance administrative, impératifs budgétaires et inquiétudes quant à ses conséquences sociales.

Pour les autorités, cette refonte du Statut général des fonctionnaires s’impose comme une priorité absolue afin de consolider les bases de la Ve République. Portée par des figures clés comme le vice-président du gouvernement, Hermann Immongault, et la ministre Laurence Ndong, cette réforme s’appuie sur l’expertise de 110 spécialistes issus de 29 administrations différentes, ainsi que sur une étude comparative menée dans 20 pays. Selon les responsables, l’automatisme salarial, jugé injuste et dépassé, a alourdi la masse salariale tout en décourageant la motivation individuelle.

Dans cette optique de modernisation du service public, l’État envisage plusieurs mesures phares : rehausser l’âge de recrutement à 40 ans, instaurer des concours nationaux pour le recrutement, et mettre en place une évaluation à 360 degrés intégrant les retours de la hiérarchie, des collègues et des usagers.

Cette transformation trouve un écho dans les travaux du Dr. Joël Patient Mbiamany N’tchoreret, qui met en avant les bénéfices d’une telle transition. Pour lui, il s’agit notamment de substituer au « temps de présence » une culture de la performance, afin de stimuler l’émulation et d’éviter une dissociation entre rémunération et productivité. Il évoque en exemple le Performance Contracting kényan, basé sur des objectifs chiffrés, ainsi que le modèle canadien où les salaires peuvent être gelés en cas de rendement insuffisant.

Les inquiétudes des acteurs sociaux : un risque de précarité accrue et d’arbitraire

Face aux ambitions affichées par les autorités, les syndicats, la société civile et les opposants politiques expriment de sérieuses réserves. Alain Mouagouadi, syndicaliste et sociologue, met en garde contre les conséquences financières de cette réforme. En s’appuyant sur la grille indiciaire de 2015, il révèle les dangers d’une « paupérisation systématique ».

Pour étayer son analyse, il prend l’exemple d’un cadre de catégorie A1 : sa rémunération de base passerait de 374 000 FCFA à seulement 1 058 500 FCFA en fin de carrière, soit une perte cumulée de 101 millions de FCFA. Par ailleurs, sa pension mensuelle chuterait de 635 100 FCFA à 224 400 FCFA. Avec l’inflation et le gel du point d’indice depuis 2015, cette stagnation menace d’entraîner une fuite des compétences vers le secteur privé ou l’étranger.

Sur le plan statutaire, Pierre Mintsa, président de la Confédération syndicale des travailleurs gabonais (CSTG), et Ange Kevin Nzigou, leader du Front démocratique socialiste (FSD), rappellent que l’avancement automatique est un droit fondamental garantissant la stabilité des carrières. Ils dénoncent une réforme imposée après dix ans de gel des avancements, une mesure qu’ils qualifient d’injuste et susceptible d’aggraver les tensions sociales.

Pour une réforme équilibrée : l’urgence d’un dialogue constructif

Bien que le gouvernement mise sur la pédagogie et que certaines études prospectives soulignent la nécessité de garanties objectives, les représentants des travailleurs refusent de voir leur carrière devenir un levier budgétaire. Pour éviter un blocage institutionnel, la tenue de négociations inclusives, l’apurement des retards d’avancement accumulés et l’instauration de protections légales strictes s’imposent comme des préalables indispensables à toute réforme du Statut général de la Fonction publique.