25 juin 2026
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Dans l’est de la République démocratique du Congo, un groupe armé allié à l’armée régulière est accusé de multiples exactions contre les civils. Des enquêtes récentes ont mis au jour des violences systématiques : meurtres, tortures, viols, enlèvements et pillages, perpétrés par les combattants du Collectif des mouvements pour le changement-Forces de défense du peuple (CMC-FDP) dans le territoire de Rutshuru. Ce groupe fait partie de la coalition Wazalendo, utilisée par les Forces armées congolaises (FARDC) comme supplétifs dans la lutte contre le M23.

Les témoignages recueillis entre mars et avril 2026 auprès de seize victimes et membres de familles révèlent un tableau effroyable. Les civils, surtout dans les zones isolées de Bukombo, sont pris en étau entre les exactions du M23 et celles du CMC-FDP. Ce dernier agit en toute impunité, ciblant souvent la nuit les personnes soupçonnées d’avoir des liens avec le M23. Ces actes constituent de graves violations du droit international humanitaire et pourraient être qualifiés de crimes de guerre.

Violences sexuelles et esclavage forcé

Plusieurs femmes ont été enlevées et contraintes à l’esclavage sexuel. Une jeune femme raconte avoir été capturée après le départ de son mari pour le M23. Des combattants l’ont emmenée dans un camp, où un commandant l’a forcée à devenir sa « femme » et l’a violée à répétition. Elle a vu deux autres femmes détenues dans les mêmes conditions. Une autre mère de 22 ans a subi le même sort : emmenée sur la base de Mudugudu, elle a été contrainte sous la menace de mort à servir d’« épouse » à un commandant. Elle a également vu des hommes détenus dans des cellules souterraines, victimes de prises d’otage.

Ces deux femmes ont contracté des infections sexuellement transmissibles après les viols et ont eu difficilement accès à des soins. Les violences sexuelles en période de conflit armé sont considérées comme des crimes de guerre et violent les droits fondamentaux.

Mauvais traitements et meurtres

En novembre 2025, huit personnes, dont une femme enceinte, se cachaient dans une bananeraie à Mashango lors d’affrontements entre le M23 et des groupes locaux. Des combattants du CMC-FDP les ont retrouvées, ont pillé leurs biens et brûlé leurs habitations. Le mari de la femme a été emmené et tué à la machette. La femme a accouché seule dans la forêt le jour même.

Une autre femme enceinte a été battue par quatre hommes armés qui exigeaient de voir son mari, parti rejoindre le M23. Frappée et blessée au couteau, elle a fait une fausse couche le lendemain.

Exécutions sommaires liées à la vengeance

Neuf victimes ont raconté que leurs maris ou fils avaient été tués ou enlevés en raison de leur affiliation présumée au M23. Une femme de 35 ans a vu son mari abattu de trois balles dans la poitrine devant leurs jeunes enfants, après qu’un commandant du CMC-FDP l’eut interrogée sur la présence de son fils dans le M23. Une autre, Elisabeth*, a subi le même drame : son mari a été exécuté et ses biens pillés.

Le CMC-FDP, contacté, a nié ces faits, affirmant ne pas avoir assez d’informations pour enquêter.

Extorsion et menaces

Avant l’arrivée du M23, le CMC-FDP prélevait un impôt illégal appelé « lala salama » auprès des habitants. Un homme, Innocent*, a dû verser 300 dollars américains à trois reprises après que son fils eut rejoint le M23, sous peine d’être tué. Ses maisons ont été brûlées. Une femme, Justine*, a été fouettée et menacée d’être livrée à un commandant parce qu’elle ressemble à une Tutsi et que son mari avait disparu. Elle s’est échappée grâce à la compassion d’un combattant.

Le groupe a nié toute pratique de rançon mais n’a pas prouvé avoir sanctionné les auteurs.

Soutien de l’armée congolaise

Depuis 2023, la RDC a intégré certains groupes armés, dont le CMC-FDP, dans sa Réserve armée de la défense. Les FARDC fournissent armes, munitions et financement. En décembre 2025, le ministre des Finances a révélé que l’État versait 4 millions de dollars par mois aux groupes Wazalendo. Des documents officiels indiquent que le CMC-FDP a reçu plus de 100 000 cartouches et 100 roquettes fin 2023 et début 2024.

En juillet 2024, l’Union européenne a sanctionné le commandant en chef du CMC-FDP, Dominique « Domi » Kamanzi Ndaruhutse, pour graves violations des droits humains. Cet homme a combattu au sein de groupes armés durant plus de dix ans et a collaboré avec les FDLR, groupe issu du génocide rwandais.

Il est urgent que les autorités congolaises cessent de soutenir ces groupes et les traduisent en justice. La communauté internationale doit exercer des pressions pour mettre fin à cette complicité qui laisse les civils sans protection.

* Les prénoms ont été modifiés pour protéger les témoins.