
Le procès dans l’affaire Norbert Zongo, figure emblématique de la presse burkinabè, vient de subir un nouveau contretemps. Un pourvoi en cassation introduit par la défense a suspendu le processus judiciaire, repoussant une fois encore l’échéance d’un procès tant attendu.
Une procédure judiciaire au point mort
Le 30 juillet 2026, la chambre de l’instruction de la Cour d’appel de Ouagadougou avait confirmé le renvoi de trois accusés devant les tribunaux. Pourtant, le 31 juillet, Me Paul Kéré, avocat de Yaro Banagoulo, a déposé un pourvoi en cassation contre cette décision. Un communiqué officiel publié le 13 août a confirmé cette nouvelle étape procédurale, plongeant le dossier dans une attente prolongée.
Le procureur général de Ouagadougou a réaffirmé l’engagement de la justice à traiter ce dossier « dans les meilleurs délais, conformément aux règles légales ». Cependant, l’examen du pourvoi par la Cour de cassation pourrait encore retarder la tenue du procès.
Les accusés et les chefs d’accusation
Les trois personnes renvoyées devant le tribunal sont :
- Wanga Christophe Combasséré, poursuivi pour assassinat et destruction volontaire aggravée de biens ;
- Banagoulo Yaro, accusé de complicité d’assassinat et de destruction volontaire aggravée de biens ;
- Paul François Compaoré, mis en cause pour incitation à l’assassinat.
Un dossier chargé d’histoire et de symboles
Norbert Zongo, directeur de publication de l’hebdomadaire L’Indépendant, a été assassiné le 13 décembre 1998 sur la route de Sapouy, à environ 100 kilomètres au sud de Ouagadougou. Son frère Ernest, son chauffeur Abdoulaye Nikiéma (surnommé Ablassé) et son collaborateur Blaise Ilboudo ont également péri dans l’incendie criminel du véhicule.
À l’époque, le journaliste enquêtait sur la mort suspecte de David Ouédraogo, chauffeur de François Compaoré, frère cadet de l’ancien président Blaise Compaoré. Ce lien présumé entre les deux affaires a renforcé la dimension politique du dossier, devenu un symbole de la lutte contre l’impunité au Burkina Faso.
Des années d’attente et de rebondissements
Cette affaire dépasse largement le cadre judiciaire. Elle incarne depuis des décennies le combat pour la liberté de la presse et la justice au Burkina Faso. En 2006, un non-lieu avait été confirmé, provoquant une vague d’indignation parmi les défenseurs des droits humains et la société civile.
Le dossier a connu un nouveau souffle grâce à une décision de la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples en mars 2014. La juridiction panafricaine avait pointé les dysfonctionnements de la justice burkinabè, ordonnant la reprise des investigations en juin 2015.
Plus de vingt-sept ans après les faits, l’affaire Norbert Zongo reste un dossier judiciaire parmi les plus marquants du Burkina Faso. Elle continue de symboliser la quête persistante de justice et la résistance face à l’impunité.






