23 juin 2026
85f9f6b9-60f0-4d09-9e08-ad86d824d927

Avec l’instauration du multipartisme à l’issue de la Conférence nationale de mars-avril 1990, le Gabon a vu naître une vie politique animée par des échanges parfois vifs, mais toujours porteurs d’une vitalité démocratique nécessaire. Les partis, qu’ils soient au pouvoir ou dans l’opposition, ont marqué leur présence par des prises de parole engagées, des critiques ciblées, voire des soutiens mesurés aux politiques gouvernementales quand la situation l’exigeait.

Pourtant, ces derniers temps, le paysage politique gabonais semble s’être figé. Une atmosphère de silence a envahi l’espace public, ne laissant place qu’à de rares interventions, notamment celles du Rassemblement pour la patrie et la modernité (RPM) de Barro Chambrier, du PDG, et d’une poignée d’autres formations de la « mouvance présidentielle » ainsi que quelques personnalités isolées de l’opposition. Résultat : un climat politique terne, où le débat contradictoire devient rare, et où les enjeux nationaux passent trop souvent au second plan face aux stratégies partisanes.

C’est dans ce contexte que l’Union démocratique des bâtisseurs (UDB), le parti du président Brice Clotaire Oligui Nguema, a récemment rompu le silence. En s’exprimant sur la crise que traverse la SEEG, l’UDB a rappelé une vérité fondamentale : le débat politique n’est pas un luxe, mais une nécessité absolue. Même si cette prise de parole intervient tardivement, elle suscite un espoir : celui d’un retour, enfin durable, de la dynamique politique au Gabon. Attention cependant à ne pas s’y méprendre : ce sursaut doit être suivi d’effets concrets.

À l’approche de la refonte des partis politiques imposée par la nouvelle loi, nombreux sont les acteurs qui, en attendant leur agrément, préfèrent garder un silence prudent. Stratégie de survie ou simple prudence ? Peu importe. Une chose est sûre : la démocratie ne peut être mise en pause. Elle exige des échanges francs, des confrontations d’idées et des discussions constructives sur les défis qui touchent les Gabonais au quotidien : le pouvoir d’achat, l’emploi, la santé, l’éducation, le logement ou encore l’énergie. Sans oublier les mesures prises par les nouvelles autorités pour améliorer le quotidien des citoyens. Notre objectif n’est pas de promouvoir une critique stérile ou spectaculaire, mais bien d’appeler à un débat utile, capable d’éclairer l’action publique et de corriger les erreurs lorsque nécessaire. Un débat qui soutiendrait le président Oligui Nguema dans sa mission, tout en le protégeant des errements potentiels des pouvoirs publics, des acteurs privés ou même des citoyens.

Le Gabon, engagé dans une nouvelle phase de son histoire, ne peut se permettre de voir son débat politique s’étioler davantage. Même si certains estiment que ces échanges n’ont jamais nourri personne ou transformé le pays, il est impératif que les acteurs politiques investissent les espaces dédiés : le Parlement, les médias, les réseaux sociaux, les universités et tous les lieux de réflexion. Il faut accepter cette réalité, l’assumer pleinement et l’encadrer pour éviter que la parole ne soit récupérée par la rue. Personne ne souhaite en arriver là. Les partis politiques ont une mission constitutionnelle : faire vivre le débat, non par calcul, mais par devoir démocratique. C’est à ce prix que les institutions se renforceront, que la gouvernance gagnera en transparence, et que le pays progressera dans la clarté. Il est donc grand temps de réinvestir le débat politique, sans crainte ni arrière-pensée.