26 mai 2026
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Avec seulement 18 mairesses sur 558 communes et 3 femmes à la tête de conseils départementaux sur 43, le Sénégal affiche des résultats contrastés en matière de représentation féminine dans les instances locales. Malgré un cadre juridique progressiste, la participation des femmes aux processus politiques et décisionnels reste insuffisante, révélant des freins structurels et culturels persistants.

Un cadre légal ambitieux, mais des réalités préoccupantes

Le Sénégal se distingue en Afrique par son engagement en faveur de l’égalité des sexes. La Constitution de 2001 consacre le principe d’égalité entre les genres, tandis que la loi sur la parité de 2010 a marqué un tournant historique. Le pays a également ratifié plusieurs conventions internationales relatives aux droits humains et aux droits des femmes. Pourtant, ces avancées juridiques peinent à se traduire dans les faits.

Les dernières élections législatives anticipées du 17 novembre 2024 illustrent ce décalage. La représentation féminine à l’Assemblée nationale a reculé, passant de 44,2 % à 41 %. Plus inquiétant encore, seules 13 % des têtes de listes étaient des femmes. Au niveau territorial, la situation est encore plus alarmante : sur 558 communes, seules 18 sont dirigées par des femmes, et parmi les 43 conseils départementaux, seulement 3 sont présidés par des femmes.

Des obstacles structurels et culturels

Ces chiffres ne sont pas de simples statistiques. Ils reflètent des inégalités profondes dans l’accès au pouvoir, au financement politique, à la visibilité médiatique et aux espaces de décision. Pourtant, les femmes sénégalaises jouent un rôle clé dans le développement du pays. Elles animent des communautés, soutiennent l’économie locale, portent des combats sociaux, éduquent, innovent et construisent la paix. La question n’est donc plus de savoir si les femmes sont capables de gouverner, mais pourquoi les systèmes politiques continuent de limiter leur accès au leadership.

Un séminaire pour renforcer la participation féminine

Pour répondre à cette urgence, le Réseau des femmes leaders pour le développement (RFLD) organise un séminaire de deux jours dédié à la participation politique des femmes au Sénégal. Point focal du réseau, Bator Seck, souligne l’importance de cette initiative afroféministe, soutenue par le programme Afrofeminist Initiative for Human Rights Development in Francophone West Africa, en partenariat avec le programme SEA-T du BMZ et l’appui de GIZ.

Cette cohorte sénégalaise réunit 30 femmes leaders, issues de divers horizons : parlementaires, cheffes de parti, élues locales, candidates, activistes et dirigeantes d’organisations de la société civile. Représentant différentes générations, parcours et sensibilités politiques, ces femmes partagent une ambition commune : transformer durablement la participation politique des femmes au Sénégal.

« Nous allons partager des expériences, analyser les défis, construire des stratégies et renforcer une solidarité féminine capable d’influencer les politiques publiques et les processus électoraux », explique Bator Seck. « La démocratie ne peut être complète lorsque les femmes restent sous-représentées dans les sphères de décision. L’avenir politique du Sénégal ne peut pas se construire sans les femmes, ni pour elles, mais avec elles. »

Les actions du RFLD

Le RFLD est un réseau féministe panafricain engagé pour la transformation sociale et politique du continent. Son action combine plaidoyer législatif, organisation communautaire, financement des initiatives locales, utilisation des données ouvertes et défense des droits des femmes. Son travail s’appuie sur une reconnaissance continentale et internationale, notamment son statut d’observateur auprès de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples et une certification équivalente à une organisation américaine de bienfaisance publique 501(c)(3) par NGOsource.

Renforcer la confiance et les compétences des femmes

Maman Diouf Fall, représentante du ministre de la Famille et des Solidarités, met en lumière un autre défi majeur : le renforcement de la confiance en soi des femmes engagées dans l’espace public. Beaucoup de femmes disposent des compétences et de la légitimité nécessaires, mais hésitent encore à occuper pleinement les espaces de leadership en raison des pressions sociales, des stéréotypes persistants et du manque d’accompagnement structuré.

La formation constitue un enjeu central. Dans un environnement politique et institutionnel exigeant, les femmes doivent accéder à des programmes de qualité portant sur le leadership, la communication politique, la négociation, la gouvernance publique, la prise de parole en public et la gestion stratégique des organisations. Sans investissement durable dans le capital humain féminin, les avancées resteront limitées.

Il est également essentiel de renforcer les compétences techniques et professionnelles des femmes pour qu’elles puissent participer efficacement aux processus de décision. Les responsabilités publiques nécessitent aujourd’hui des capacités accrues en analyse des politiques publiques, gestion de projets, maîtrise des outils numériques, mobilisation communautaire et suivi-évaluation. Ces compétences sont devenues indispensables pour exercer un leadership crédible et influent.

Lutter contre les inégalités d’accès à l’information

Maman Diouf Fall souligne l’existence d’importantes inégalités d’accès à l’information et aux opportunités de renforcement de capacités, notamment pour les femmes vivant en milieu rural ou dans les zones vulnérables. Les dispositifs de formation restent souvent concentrés dans les grandes villes, excluant ainsi de nombreuses femmes engagées dans leurs communautés.

« Nous devons mettre en place des mécanismes de mentorat et d’accompagnement intergénérationnel », indique-t-elle. « Les jeunes femmes ont besoin de modèles, d’espaces d’écoute et de réseaux de solidarité capables de les orienter et de les accompagner dans leur parcours de leadership. »

Promouvoir une culture de l’excellence, de l’engagement citoyen et de l’autonomisation économique des femmes est également crucial. Une participation politique durable suppose une autonomie financière, une stabilité professionnelle et une capacité à concilier responsabilités publiques, familiales et sociales. L’autonomisation des femmes reste donc un pilier incontournable de toute stratégie de gouvernance inclusive.

Initiatives pour l’autonomisation des femmes

La Direction de la Famille a mis en œuvre plusieurs initiatives pour renforcer les capacités des femmes et des adolescentes, notamment à travers des activités de sensibilisation, de formation au leadership féminin, d’éducation à la citoyenneté, de promotion des droits humains et d’accompagnement psychosocial des groupes vulnérables. Ces actions contribuent à renforcer la résilience des femmes et leur participation active à la vie économique, sociale et politique.

En collaboration avec les partenaires techniques et financiers, les collectivités territoriales et les organisations communautaires, la Direction de la Famille participe activement à la construction d’un environnement plus protecteur et plus favorable à l’épanouissement des femmes et des filles. « Au-delà des textes et des engagements, notre responsabilité collective est de créer les conditions d’une participation pleine, libre et effective des femmes à la vie publique », déclare Maman Diouf Fall. « Cela implique un travail continu de transformation sociale, de sensibilisation communautaire, de renforcement du leadership féminin et d’accompagnement des jeunes filles vers les espaces de décision. »