28 avril 2026
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comment l’union européenne et les États-Unis adaptent leur politique au Sahel

Réunion des dirigeants de l'AES à Niamey en juillet 2024

Le 25 février dernier, le département d’État américain a signé un accord bilatéral de cinq ans avec le Burkina Faso, prévoyant une enveloppe de 147 millions de dollars pour soutenir les programmes de lutte contre le sida. Parallèlement, Washington a réaffirmé son respect de la souveraineté du Niger lors d’un échange téléphonique avec le Premier ministre de transition, Ali Mahamane Zeine.

De son côté, l’Union européenne a dépêché son représentant spécial pour le Sahel, João Cravinho, à Bamako malgré les tensions persistantes avec les autorités maliennes. Cette visite soulève une question centrale : ces démarches marquent-elles le début d’un réchauffement entre les puissances occidentales et les régimes militaires du Sahel ? L’analyse de Francis Kpatindé, spécialiste de l’Afrique de l’Ouest et enseignant à Sciences-Po Paris.


vers une nouvelle coopération malgré les tensions ?

DW : L’UE a récemment envoyé son envoyé spécial, João Cravinho, dans les capitales de l’AES. Celui-ci a proposé une nouvelle approche que l’UE souhaite mettre en œuvre. Peut-on y voir les prémices d’un rapprochement entre ces pays et l’UE ?

analyse de Francis Kpatindé

Francis Kpatindé : Il faut rester prudent, car le Sahel nous a réservé bien des surprises ces dernières années. On ne peut pas parler de dégel, mais peut-être d’un frémissement. Les relations entre les grandes puissances occidentales, notamment européennes, et les pays sahéliens restent tendues ou limitées. Cependant, il y a peut-être une amorce de dialogue.


des signaux positifs dans la coopération occidentale

DW : Après le Niger et le Mali, Washington montre un intérêt croissant pour le Burkina Faso avec la signature récente d’un accord contre le VIH/sida et d’autres maladies. Ne s’agit-il pas d’un bon signal ?

Francis Kpatindé : Oui, c’est effectivement un bon indicateur. Ces puissances occidentales proposent des formes de coopération économique et humanitaire limitées, ainsi que des formations militaires pour lutter contre le terrorisme. Elles savent que l’instabilité dans la région pourrait les toucher indirectement. Il serait irresponsable de les abandonner sous prétexte qu’elles aspirent à plus de souveraineté. Par ailleurs, ces pays regorgent de ressources stratégiques : l’uranium au Niger, l’or au Burkina Faso et au Mali.


l’UE passe à une approche bilatérale au Sahel

DW : L’Union européenne semble avoir abandonné sa stratégie régionale pour privilégier une approche par pays. Partagez-vous cette analyse ?

Francis Kpatindé : Absolument. L’Allemagne, par exemple, entretient de bonnes relations avec plusieurs pays du Sahel et maintient des liens solides avec eux. Tous ces pays ne veulent pas suivre la France, ancienne puissance coloniale du Mali, du Niger et du Burkina Faso. C’est une question d’intérêts. La France peut également utiliser les canaux d’autres États membres de l’UE. La présence de l’Allemagne ou de la Hongrie ouvre des fenêtres de dialogue et des passerelles qui pourraient permettre à Paris de conserver un minimum de contacts avec le Niger, le Mali et le Burkina Faso.