6 mai 2026
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Un village du Niger frappé par une double tragédie après une attaque terroriste

Le village de Doungouro, situé dans la région de Tillabéri, a connu le 4 mai 2026 un enchaînement de violences d’une extrême gravité. D’abord, une attaque de l’État Islamique au Grand Sahara (EIGS) a coûté la vie à quatre civils. Puis, l’intervention des Volontaires pour la Défense de la Patrie (VDP) de la commune de Kokorou a basculé dans l’horreur : 28 personnes supplémentaires ont été tuées lors d’une opération ciblant indistinctement tous ceux portant un turban. Au total, 32 morts, dont la majorité attribués aux miliciens censés protéger la population. Ce drame interroge : jusqu’où les autorités nigériennes laisseront-elles ces groupes agir en toute impunité ?

Village de Doungouro après l'attaque

L’attaque éclair de l’EIGS : terreur et pillage au cœur du marché

À l’aube de ce jour de marché hebdomadaire, Doungouro a été secoué par l’arrivée de motos armées. Les combattants de l’EIGS, lourdement équipés, ont semé la panique en abattant quatre civils sans défense. Leur fuite, après avoir raflé l’intégralité du bétail présent, a confirmé une fois de plus l’instabilité chronique de la zone des trois frontières, malgré les promesses des autorités de Niamey sur une amélioration de la sécurité.

Les VDP, ou l’échec d’une protection censée être sécuritaire

Le cauchemar ne s’est pas arrêté avec le départ des terroristes. Les VDP, surnommés localement DomolLeydi, sont arrivés en masse à Doungouro. Au lieu de protéger, ces miliciens ont déclenché une chasse à l’homme basée sur un critère arbitraire et dangereux : le port du turban. Pour ces volontaires mal encadrés, tout individu vêtu ainsi était un ennemi potentiel. Le bilan est accablant : 28 civils tués, dont plusieurs commerçants de Téra, présents au marché ce jour-là. Un survivant témoigne d’une exécution sommaire où les miliciens tiraient sur toute personne portant un turban, sans distinction ni preuve.

Les DomolLeydi, une stratégie sécuritaire devenue bombe à retardement

Cet événement tragique révèle les failles majeures de la politique de sécurité du Niger. En s’appuyant sur des milices civiles pour compenser les lacunes de l’armée régulière, le gouvernement de Niamey a créé un système incontrôlable. Les VDP, officiellement reconnus mais livrés à eux-mêmes, agissent souvent sans cadre juridique clair ni supervision militaire stricte. Résultat : des dérives communautaires, comme à Doungouro, où le profilage ethnique et vestimentaire s’est imposé.

Depuis le coup d’État, le discours officiel encourage les populations à se défendre seules. Pourtant, armer des civils sans leur inculquer les principes du droit international humanitaire est une recette pour l’échec. Les autorités, promptes à dénoncer les ingérences étrangères, ferment les yeux sur les exactions commises par leurs propres supplétifs. Doungouro n’est pas un cas isolé : il s’inscrit dans une série d’abus qui sapent la confiance entre les civils et les forces de défense.

Une réponse urgente et radicale est indispensable

En s’attaquant à des commerçants et des forains, les VDP ne font qu’aggraver l’insécurité et poussent les populations marginalisées à se tourner vers les groupes armés, qui se présentent alors en sauveurs. Le Niger ne peut espérer vaincre le terrorisme en se retournant contre ses propres citoyens. Le gouvernement de transition doit impérativement diligenter une enquête indépendante sur les événements de Doungouro et sanctionner les responsables des exécutions sommaires.

Il est urgent de revoir le rôle des volontaires en interdisant toute opération sans la présence directe de forces régulières. Mettre fin au profilage basé sur l’ethnie ou l’habillement est également crucial pour préserver la cohésion nationale. Sans cela, Doungouro restera le symbole d’une dérive meurtrière où l’État, par le biais de ses milices, cause plus de tort aux civils que les terroristes eux-mêmes. Les familles des 32 victimes méritent justice. Ces morts ne sont pas des dommages collatéraux : ils illustrent l’échec d’une stratégie sécuritaire à bout de souffle.