18 septembre 2026
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Un basculement stratégique dans le secteur de l’uranium nigérien

L’effondrement spectaculaire de la SOMAÏR et l’ascension fulgurante du projet Dasa révèlent une reconfiguration géopolitique majeure au Niger. Derrière les chiffres, une réalité brutale : pendant que l’ancien fleuron de l’uranium nigérien, historiquement opéré par le groupe français Orano, sombre dans une paralysie quasi totale, un investissement américain de 414 millions de dollars dans le gisement de Dasa vient redistribuer les cartes. Décryptage d’un basculement aux allures de passage de témoin.

La SOMAÏR asphyxiée : anatomie d’un effondrement annoncé

La Société des mines de l’Aïr (SOMAÏR) n’est plus que l’ombre d’elle-même. Sa production s’est effondrée, chutant jusqu’à plus de 80 % en dessous de ses capacités nominales. En cause, un étranglement logistique sans précédent : le blocage des routes d’exportation, la fermeture des frontières avec le Bénin et l’impossibilité d’acheminer le concentré d’uranium — le yellowcake — vers le port de Cotonou.

Cette asphyxie financière a poussé Orano à suspendre ses activités. Dans la foulée, le gouvernement de transition nigérien a retiré les permis d’exploitation et pris le contrôle du site. Un dénouement lourd de symboles : pour les autorités de Niamey, la SOMAÏR incarnait l’ancien modèle néocolonial dont il fallait s’affranchir, quitte à sacrifier la production de cette mine historique.

Dasa : le nouveau poumon minier du Niger

Alors que l’uranium de la SOMAÏR reste bloqué ou sous-exploité, le projet Dasa, porté par la société canadienne Global Atomic, s’impose comme la nouvelle pièce maîtresse de l’industrie extractive nigérienne. Le gisement affiche des teneurs en uranium parmi les plus élevées au monde, de quoi compenser largement les pertes de la SOMAÏR sur le marché international.

Mais le véritable tour de force est ailleurs. L’injection de 414 millions de dollars par la DFC américaine illustre le pragmatisme de Washington : là où les acteurs français se retrouvent paralysés ou évincés par le différend politique avec la junte, les États-Unis sécurisent leurs approvisionnements futurs en s’appuyant sur des structures financières et des compagnies nord-américaines jugées plus neutres par le pouvoir nigérien.

Un jeu d’équilibriste pour le régime de Tiani

Ce parallèle révèle toute l’ambiguïté de la position du général Tiani. Coincé par sa politique du tout-militaire, le régime se voit contraint de se tourner vers des investissements européo-américains pourtant fustigés lors de son arrivée au pouvoir. Une contradiction qui en dit long sur les réalités économiques auxquelles le Niger doit faire face pour maintenir son industrie uranifère à flot.