Le Mali traverse une période charnière avec l’arrivée d’Africa Corps, censé remplacer les controversées forces de Wagner. Pourtant, les exactions contre les populations civiles persistent, voire s’aggravent, selon les dernières investigations. Tortures, exécutions extrajudiciaires et bombardements aveugles : les violations des droits humains restent un fléau malgré ce changement structurel. Comment un tel revirement stratégique a-t-il pu échouer à protéger les Maliens ?
Un remplacement symbolique sans impact sur la sécurité
Fin 2024, Bamako actait officiellement le départ de Wagner pour accueillir Africa Corps, une force présentée comme une solution aux crises sécuritaires et humanitaires. Pourtant, les réalités sur le terrain démentent ces promesses. Les rapports d’organisations internationales confirment que les violences contre les civils n’ont pas cessé : meurtres arbitraires, disparitions forcées et pillages continuent de meurtrir des régions entières, notamment aux alentours de Tombouctou, Mopti et Ségou.
Les mécanismes de contrôle judiciaire restent notoirement défaillants, permettant à l’impunité de prospérer. Les autorités maliennes sont appelées à réagir sans délai pour briser ce cycle mortifère.
Des civils pris pour cibles : les preuves accablantes
Des exécutions sommaires et des bombardements meurtriers
Entre 2023 et 2025, au moins 34 civils ont perdu la vie lors d’opérations combinant FAMa et anciens mercenaires de Wagner. Des témoignages recueillis par des observateurs décrivent des scènes horrifiantes : personnes abattues après une arrestation ou en tentant de fuir, égorgements, et brûlures. Certains cas pourraient relever de crimes de guerre, notamment lorsque des attaques (comme celle du 16 mars 2025 à Ejdeir) visent des zones sans présence de combattants.
Les frappes de drones ont également causé des pertes civiles dramatiques, comme l’attaque du 16 mars 2025 ayant tué 16 personnes sur un marché, ou celle de novembre faisant sept morts dans une habitation à Tangata. L’absence d’objectifs militaires identifiés sur ces sites interroge sur la rigueur des ciblages et la responsabilité des commanditaires.
Torture et détentions arbitraires : l’ombre des exactions
Les lieux de détention, comme ceux de Léré et Nampala, sont devenus des lieux de souffrance. Selon des survivants, les méthodes incluent suspensions douloureuses, électrocutions, violences sexuelles et tabassages à l’aide d’objets contondants. Cinq personnes seraient mortes sous la torture, tandis que d’autres croupissent en détention sans accès à un avocat ni à leur famille.
Des cas documentés mentionnent une participation active de militaires maliens à ces actes, certains collaborant même avec d’ex-membres de Wagner lors d’interrogatoires. Seules des enquêtes indépendantes permettront d’établir les responsabilités individuelles et hiérarchiques.
Les communautés vulnérables au cœur de la répression
Les rapports pointent une ciblage systématique des Peuls, Arabes et Touaregs, souvent accusés de liens avec des groupes armés comme le GSIM. Ces suspicions ont donné lieu à des représailles collectives : pillages de bétail, destructions de biens et expropriations forcées aggravent l’insécurité alimentaire et les déplacements de populations déjà fragilisées.
La lutte antiterroriste ne saurait justifier de telles exactions. Le droit international humanitaire impose de protéger les civils à tout prix, indépendamment des circonstances.
Africa Corps : une nouvelle étape dans l’impunité ?
Le déploiement d’Africa Corps sous supervision russe en janvier 2025 marquait une volonté de rupture. Pourtant, les faits récents, comme l’assaut du 10 juillet 2026 à Bombori, révèlent une continuité inquiétante : environ 80 hommes peuls rassemblés, battus et interrogés, avec six exécutions lors d’une tentative de fuite et trois autres assassinats.
Ces événements soulèvent des questions sur la collaboration entre Bamako et Moscou, la nature des missions confiées aux personnels russes, et le rôle des autorités maliennes dans le contrôle des opérations. L’absence de mécanismes transparents aggrave le climat de méfiance.
L’impunité, moteur des violences
Depuis 2023, aucune procédure judiciaire n’a été engagée contre des militaires pour des exactions envers les civils. Cette impunité généralisée décourage les victimes de porter plainte et limite l’accès aux zones concernées, rendant la documentation des abus encore plus difficile.
Les autorités maliennes doivent ouvrir sans délai des enquêtes indépendantes, identifier et poursuivre les responsables présumés, et garantir l’accès des victimes à la justice. La transparence sur les accords avec Africa Corps et les modalités de contrôle des opérations militaires est indispensable pour rétablir la confiance.
Le passage de Wagner à Africa Corps devait marquer une nouvelle ère. Pourtant, les violences persistent, preuve que le changement n’a été que cosmétique. Sans justice et sans protection effective des civils, l’insécurité continuera de peser sur le Mali.





