9 juin 2026
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Mali : étienne fabaka sissoko défend le dialogue sans alliance

Faut-il engager des discussions avec le Groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans (JNIM) ? Peut-on envisager un échange avec les factions armées du nord sans compromettre l’intégrité du Mali ? Quel rôle imaginer pour l’imam Mahmoud Dicko dans une éventuelle transition ? Enfin, le pays doit-il repenser son architecture territoriale ? Dans cet entretien exclusif, Étienne Fabaka Sissoko, porte-parole de la Coalition des Forces pour la République (CFR), expose sa vision pour résoudre la crise malienne, définit ses limites et réaffirme une conviction : « dialoguer n’est pas s’allier ».

une situation sécuritaire et sociale alarmante

Quelle est la situation actuelle au Mali, et plus particulièrement dans la capitale Bamako ? Le blocus en place a-t-il atteint ses objectifs ?

Pour Étienne Fabaka Sissoko, le terme « fonctionne » serait inapproprié pour qualifier ce blocus. Selon lui, cette stratégie, qui prive les populations de ressources et de stabilité, engendre avant tout de la souffrance. À Bamako, les familles subissent des difficultés croissantes : pénuries d’approvisionnement, flambée des prix et insécurité quotidienne. Pour un État enclavé comme le Mali, contrôler ses axes logistiques relève de la souveraineté nationale. La CFR rejette cette approche car elle pénalise en premier lieu les civils.

Cette crise révèle aussi les limites d’une réponse purement militaire. Une solution durable passe nécessairement par une initiative politique capable de protéger les populations, de sécuriser les corridors et d’offrir une issue pacifique à la guerre.

la cfr, une plateforme d’alternative nationale

Créée en décembre 2025, la CFR est encore jeune, mais elle répond à une attente grandissante. Les Maliens aspirent à la paix et cherchent une alternative crédible à la crise persistante. Contrairement aux partis traditionnels, la CFR se positionne comme une plateforme de sauvegarde nationale, répondant à une demande à la fois politique, sociale et internationale. Son objectif ? Proposer une voie médiane entre l’éternel pouvoir militaire et l’enlisement institutionnel du pays.

Dialoguer avec tous les acteurs, oui. S’allier ou coordonner des actions militaires, non. La CFR se définit comme un mouvement civil, strictement politique, refusant toute partition du Mali. Elle prône un dialogue républicain, transparent et encadré, où la méthode privilégiée reste la négociation, non la confrontation armée.

clarifier les relations avec le front de libération de l’azawad

Certains suggèrent que la CFR serait la branche politique du Front de libération de l’Azawad (FLA), tandis que ce dernier incarnerait l’aile armée d’un même mouvement. Étienne Fabaka Sissoko rejette catégoriquement cette analyse. « Non », la CFR n’est pas affiliée au FLA, ni comme bras politique ni comme entité militaire. Les échanges avec les différents acteurs de la crise restent strictement diplomatiques et non coercitifs.

Pour la CFR, les enjeux territoriaux et de gouvernance doivent être traités par des moyens politiques, dans le respect de l’unité nationale. Son ambition : restaurer l’État de droit, sécuriser les populations et ouvrir un dialogue national inclusif, avant toute réforme constitutionnelle ou organisation électorale.

aucune légitimité automatique pour les groupes armés

Quatre mois après sa création, la CFR envisageait-elle un scénario de transition en cas d’effondrement du régime ? Les offensives du JNIM du 25 avril 2026 ont montré à quel point le Mali se trouvait dans une zone de turbulence politique majeure.

Pour Étienne Fabaka Sissoko, un mouvement responsable se doit d’anticiper les crises. Cependant, la CFR ne construit pas sa stratégie sur la chute violente de l’État ni sur une victoire militaire d’un groupe armé. Les attaques coordonnées de cette date n’ont accordé aucune légitimité automatique aux factions armées pour décider de l’avenir du pays.

La CFR a imaginé une transition civile de sauvegarde nationale, dont le mandat serait de :

  • Rétablir les libertés publiques
  • Protéger les populations
  • Lancer un dialogue national inclusif
  • Rédiger une nouvelle Constitution
  • Organiser des élections

Selon le porte-parole, la présidentielle ne doit pas être le point de départ, mais l’aboutissement d’un processus. Sans sécurité minimale ni consensus national, les mêmes problèmes resurgiraient.

le rôle de l’imam mahmoud dicko dans une transition

Dans l’hypothèse où la CFR accéderait au pouvoir, quel rôle pourrait jouer l’imam Mahmoud Dicko ?

Étienne Fabaka Sissoko insiste : l’imam ne doit pas être perçu comme un chef politique de substitution. Son influence pourrait plutôt s’exercer comme une autorité morale, capable d’apaiser les tensions et de faciliter le dialogue entre les différentes composantes de la société malienne. Cependant, les responsabilités exécutives doivent revenir à des institutions civiles légitimes, issues du suffrage universel.

dialoguer avec le jnim : jusqu’où aller ?

La CFR défend l’idée d’un dialogue avec le JNIM, mais jusqu’où peut-on aller dans cette démarche ? Existe-t-il des lignes rouges infranchissables ? Certains, y compris dans l’entourage de la CFR ou du FLA, évoquent la possibilité qu’Iyad Ag Ghali renonce au djihad transnational et s’engage dans un processus de paix. Partage-t-il cette analyse ?

Pour Étienne Fabaka Sissoko, le dialogue proposé n’est ni une capitulation ni une récompense. Il s’agit d’un outil pour mettre fin à la guerre et protéger les civils. Le principal obstacle reste l’affiliation du JNIM à Al-Qaïda, incompatible avec un processus de paix national.

Les lignes rouges de la CFR sont claires :

  • Préserver l’unité du Mali
  • Maintenir un État républicain
  • Garantir les libertés fondamentales
  • Rompre avec les agendas transnationaux armés
  • Mettre fin aux attaques contre les civils
  • Éviter toute impunité pour les crimes les plus graves

Concernant Iyad Ag Ghali, la CFR ne base pas sa stratégie sur des intentions supposées. Seuls les actes comptent. Si des membres du JNIM souhaitent intégrer un processus de paix strictement malien, ils devront le prouver par des actions concrètes : arrêt des attaques, protection des civils, accès humanitaire, rupture avec Al-Qaïda et respect de l’unité nationale. Les récents agissements en dehors des frontières maliennes montrent que le problème dépasse le cadre national. Toute rupture avec les agendas transnationaux doit donc être démontrée, non simplement annoncée.

la cfr contre la charia et pour une décentralisation raisonnée

La CFR évoque régulièrement une décentralisation poussée, voire une forme de fédéralisme. Pourtant, le débat public se concentre souvent sur la question de l’application de la charia dans certaines régions. Cette focalisation n’est-elle pas réductrice ?

Oui, selon Étienne Fabaka Sissoko. Le vrai problème n’est pas la charia, mais l’effondrement de l’État de proximité. Dans de nombreuses zones, l’administration est absente, la justice inaccessible et les services publics défaillants. Les populations se tournent alors vers des autorités locales : chefs coutumiers, notables, religieux ou médiateurs. La CFR ne propose pas l’instauration de la charia. En revanche, elle défend une République malienne capable d’intégrer certaines formes de médiation locale, dans le strict respect de la Constitution. Les principes fondamentaux restent : respect de la loi, égalité des citoyens, protection des femmes et des enfants, et droit de recours devant la justice nationale.

Le débat sur la décentralisation doit porter sur l’efficacité de l’État, non sur des caricatures.

répartir les pouvoirs et les ressources : la vision de la cfr

Le fédéralisme renvoie-t-il avant tout à la répartition des pouvoirs, des ressources et des recettes publiques entre Bamako et les collectivités territoriales ? Quelle est la position exacte de la CFR sur ce point ?

La CFR défend un Mali unitaire, souverain et indivisible, mais davantage régionalisé. Les collectivités doivent disposer de plus de responsabilités et de moyens financiers, tandis que l’État conserve ses prérogatives régaliennes. Dans un pays aussi vaste que le Mali, concentrer tout à Bamako est inefficace. L’État doit garantir l’unité nationale, tandis que les territoires doivent disposer des ressources nécessaires pour gérer les enjeux de proximité.

restaurer l’État utile : le programme de la cfr

Au-delà des critiques envers les autorités actuelles, la CFR dispose-t-elle d’un programme politique structuré ? Quelles sont ses propositions concrètes en matière d’éducation, de justice, de sécurité et de développement économique ?

Oui. La CFR propose un programme de transition centré sur la restauration de l’État utile. Ses priorités sont :

  • Réouverture des écoles
  • Renforcement de la justice
  • Protection des populations
  • Relance économique

Elle défend l’indépendance de la magistrature, le soutien aux enseignants, l’amélioration des forces de sécurité et la sécurisation des corridors économiques. La crise est aussi humanitaire : restaurer l’accès à l’éducation, à la justice, à la sécurité, à l’énergie et à l’alimentation constitue selon elle la première étape de toute reconstruction nationale.

une convergence démocratique au Sahel

Peu après la création de la CFR est née l’Alliance des Démocrates du Sahel (ADS). S’agit-il d’une simple convergence idéologique ou d’un projet politique coordonné à l’échelle régionale ?

L’ADS est avant tout une convergence civique et démocratique entre Maliens, Burkinabè et Nigériens partageant un même constat : la crise du Sahel est aussi institutionnelle et démocratique. Il ne s’agit ni d’une structure militaire ni d’un commandement politique unique. La CFR reste une initiative malienne répondant à la crise malienne. L’ADS vise à coordonner des actions de plaidoyer, de défense des libertés publiques et de solidarité entre démocrates sahéliens confrontés à la fermeture des espaces politiques.

La CFR ne propose ni revanche, ni partition, ni théocratie, ni retour à l’ancien système. Elle défend une sortie de guerre fondée sur une transition civile, un dialogue national encadré, une refondation territoriale, une armée républicaine et le retour du choix populaire. Sa conviction : le Mali ne sera pas sauvé par un homme fort, mais par un pacte national fort.