30 septembre 2026
7974deef-47e6-4506-9748-8e05f011766b
Écouter l'article7 min d'écoute

Un déficit de financement de 73,6 millions de dollars menace l’aide humanitaire

Le Programme alimentaire mondial (PAM) estime à 81,2 millions de dollars les ressources nécessaires pour poursuivre ses opérations au Mali jusqu’en février 2027. Or, seuls 7,6 millions de dollars sont actuellement disponibles. L’écart de financement atteint donc 73,6 millions de dollars, ce qui fait craindre une réduction de l’aide alimentaire et, à terme, une suspension des vols humanitaires dès janvier 2027.

Insécurité alimentaire aiguë : 1,56 million de Maliens concernés

Selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), environ 1,56 million de Maliens ont été confrontés à une insécurité alimentaire aiguë entre juin et août 2026. Ce chiffre correspond aux personnes classées en phase 3 ou au-delà du Cadre harmonisé, c’est-à-dire en situation de crise nécessitant des interventions urgentes. Parmi elles, près de 57 000 personnes se trouvaient en phase 4, soit une situation d’urgence.

Les données de la FAO montrent que le nombre de personnes en insécurité alimentaire aiguë pendant la période de soudure est passé d’environ 1,52 million en 2025 à 1,56 million en 2026. Cette progression, limitée en valeur absolue, intervient dans un pays déjà marqué par une forte pauvreté et une croissance démographique rapide.

Près d’un Malien sur deux vit sous le seuil national de pauvreté

La pauvreté monétaire révèle une autre dimension de la précarité. Selon la Banque mondiale, 45,5 % de la population malienne vivait sous le seuil national de pauvreté en 2021, contre 42,1 % en 2018. Le nombre de personnes pauvres était alors estimé à 9,7 millions, soit environ 1,4 million de plus qu’en 2018.

Il faut distinguer cet indicateur de celui utilisé pour mesurer l’extrême pauvreté à l’échelle internationale. Avec le seuil international de 3 dollars par jour en parité de pouvoir d’achat de 2021, la Banque mondiale estime la proportion de la population malienne concernée à 36,1 %. Ce chiffre ne doit pas être directement comparé au taux de 45,5 % établi à partir du seuil national.

Cette distinction est importante : les deux mesures ne recouvrent pas exactement la même réalité. Mais elles convergent : une part considérable de la population dispose de ressources limitées pour faire face aux chocs.

L’aide humanitaire ne couvre qu’une fraction des besoins

L’écart entre les besoins et l’assistance effectivement reçue est l’une des données les plus révélatrices. Une évaluation menée par le PAM en juin 2026 a établi que 40 % des ménages avaient besoin d’une assistance humanitaire. Au cours des trois mois précédant l’enquête, seulement 4 % des ménages avaient effectivement reçu une aide.

Autrement dit, le problème ne se limite pas au nombre de personnes pauvres ou exposées à la faim : il concerne aussi la capacité du dispositif humanitaire à atteindre les populations qui en ont besoin.

Les régions de Ménaka, Gao, Tombouctou, Mopti et Ségou figurent parmi les zones où la détérioration de la situation alimentaire est particulièrement marquée. Les conflits, les déplacements de population, les difficultés d’accès humanitaire et les perturbations des activités économiques et agricoles aggravent les vulnérabilités existantes.

Une crise qui dépasse la seule question alimentaire

Au Mali, pauvreté et insécurité alimentaire se renforcent mutuellement. La Banque mondiale souligne que la pauvreté est particulièrement élevée dans les zones rurales, où elle se conjugue à une forte dépendance à l’agriculture pluviale. Dans son analyse publiée en 2025, l’institution estimait que la pauvreté au niveau national était restée autour de 45 % sur une longue période, tandis que les chocs climatiques et la saisonnalité pouvaient encore aggraver les difficultés pendant la période de soudure.

À cela s’ajoutent les déplacements. Le PAM fait état de plus de 290 000 réfugiés et de plus de 400 000 personnes déplacées internes vivant au Mali, des populations particulièrement exposées à la perte de leurs moyens de subsistance et à la dépendance envers l’aide humanitaire.

La pression démographique complique également l’équation. La population du Mali est estimée à 25,2 millions d’habitants en 2025, avec une croissance annuelle de près de 2,9 %, selon la Banque mondiale.

Le risque d’un nouveau décrochage

Le déficit de financement du PAM intervient dans un environnement où les besoins restent considérables. Une réduction durable des opérations humanitaires pourrait avoir des conséquences importantes pour les ménages qui ne disposent déjà que de faibles marges pour absorber une hausse des prix, une mauvaise récolte, un déplacement ou la perte d’un revenu.

Les chiffres disponibles ne racontent donc pas une seule crise, mais plusieurs réalités qui se superposent : 9,7 millions de personnes pauvres selon le dernier chiffre disponible fondé sur le seuil national, 1,56 million de personnes confrontées à une insécurité alimentaire aiguë durant la dernière période de soudure et 40 % des ménages déclarés en besoin d’assistance humanitaire lors de l’évaluation de juin 2026.

Dans ce contexte, les 73,6 millions de dollars recherchés par le PAM ne constituent pas seulement un déficit comptable. Ils représentent la différence entre les ressources disponibles et les moyens nécessaires pour répondre à une crise qui touche déjà des millions de personnes. Le principal enjeu des prochains mois sera de savoir si les financements humanitaires permettront de maintenir l’aide au moment où les besoins, eux, restent élevés.

Suivre cette actualitéAbonnez-vous gratuitement via RSS