Quand l’autorité du président camerounais s’affaiblit, c’est tout le pays qui vacille. Dans une tribune percutante, le cinéaste Jean Pierre Bekolo alerte sur les signes avant-coureurs d’un Cameroun sans Paul Biya, où plus aucune voix ne semble en mesure de rassembler la Nation.
Un Cameroun sans Paul Biya : la fin d’un système ?
Pour le cinéaste Jean Pierre Bekolo, le Cameroun vit déjà les prémices d’un chaos inévitable dès lors que Paul Biya quitterait le pouvoir. Dans une tribune récente, il décrit une situation où l’autorité symbolique du président octogénaire maintient encore un semblant d’ordre, malgré son absence physique croissante.
Selon lui, « le Cameroun est déjà entré dans une période de contestation permanente qui se joue, pour l’instant, à travers les médias, les réseaux sociaux et les luttes d’influence. Les clans qui s’affrontent déjà devront passer à une autre phase »*.
Des institutions affaiblies par l’absence de légitimité
Les signes de cette déliquescence sont multiples. Chaque jour apporte son lot de révélations sur l’incapacité des responsables camerounais à incarner une autorité crédible. Malgré leur position officielle, ces derniers peinent à inspirer confiance ou respect auprès de la population.
L’opinion publique camerounaise s’interroge de plus en plus sur le rôle des entourages présidentiels dans la gestion des ressources nationales. Les questions fusent : qui profite réellement de la manne minière ? Qui contrôle les entreprises d’État ? Pourquoi certains réseaux semblent-ils opérer au-dessus des institutions ?
Les Camerounais assistent, impuissants, à la multiplication de scandales impliquant des proches du pouvoir, tandis que les ministères, autrefois garants de l’ordre, apparaissent désormais comme des coquilles vides, incapables de résoudre les problèmes quotidiens de la population.
Un système à bout de souffle
Les exemples s’accumulent : un ministre des Mines qui nie la propriété nationale de l’or, un Conseil constitutionnel dont la crédibilité est ébranlée par des décisions contestées, des directeurs généraux dont les mandats dépassent toute limite légale. Autant de signes d’un système qui ne fonctionne plus que par inertie.
La réforme constitutionnelle ayant instauré un poste de vice-président, adoptée par des députés aux mandats expirés et prolongés, illustre parfaitement cette dérive. Les décisions prises par délégation permanente brouillent désormais la frontière entre l’autorité présidentielle et celle de son entourage immédiat.
Le chaos comme unique issue ?
Jean Pierre Bekolo est catégorique : sans Paul Biya, aucune personnalité ne pourra prétendre incarner l’unité nationale. Les rivalités actuellement contenues éclateront au grand jour, et les clans qui s’affrontent aujourd’hui devront choisir entre la négociation et l’affrontement direct.
Les finances publiques, déjà fragilisées, subiront de plein fouet cette guerre de succession, plongeant le pays dans une crise dont les conséquences seront difficilement maîtrisables. Chaque nomination deviendra suspecte. Chaque décision sera contestée. Chaque succession sera disputée.
Pour le cinéaste, il ne s’agit pas d’une menace lointaine, mais d’une réalité déjà en marche : le Cameroun est entré dans une ère de chaos. Un chaos qui ne vient ni de l’opposition, ni de l’étranger, mais qui naît de l’épuisement d’un système incapable de fonctionner sans son leader historique.
La seule solution : une transition organisée
Face à cette situation, Jean Pierre Bekolo propose une voie : celle d’une transition pacifique et responsable. Les dirigeants camerounais qui estiment avoir suffisamment contribué au pays doivent avoir le courage de partir, non par contrainte, mais par sens du devoir.
Cette transition devrait s’articuler autour d’un gouvernement provisoire chargé de :
- Rétablir la confiance dans les institutions
- Réformer en profondeur l’appareil étatique
- Organiser des élections transparentes
- Établir de nouvelles règles du jeu politique
Toute autre approche, toute manœuvre visant à prolonger artificiellement le système actuel, ne ferait que précipiter le pays vers l’effondrement tant redouté.
Le message est clair : le Cameroun ne peut plus se permettre de jouer avec le feu. La sagesse commande une transition maîtrisée, avant que les rivalités ne dégénèrent en conflits ouverts.